‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 339 sur 342 · Lange, Geschichte des Materialistnus, 3« édit., ii · texte numérisé non relu

Lange, Geschichte des Materialistnus, 3« édit., ii

4. W. Wundt, System der Philosophie, 383. Voir aussi Fouillée. Vévolutionnisme des idées-forces (1890), pp. XX et suiv.

Si les phénomènes mécaniques diffèrent essentiellement des phénomènes psychiques, il y a, en outre, entre la vie sensible de Tanimal et la vie intellectuelle de l'homme, un abîme que tous les efforts de l'évolutionnisme ne parviendront jamais à franchir. La faculté de saisir dans la vicissitude et la succession des phénomènes une loi permanente, de remonter à la cause des choses, de tirer du passé et du présent la prévision de l'avenir, de ramener à des formules toujours plus générales la synthèse de l'ordre universel, les lois du devoir, la responsabilité, les notions du droit et de la morale — en un mot, la raison et le sentiment moral marquent entre l'homme et l'animal une limite infranchissable. A cette vie d'une nature essentiellement supérieure, à cette vie intellectuelle et morale qui se révèle dans l'homme, doit répondre également dans l'homme un principe d'une nature essentiellement supérieure à celui de la vie animale. La vie intellectuelle suppose un principe intellectuel. La logique des faits nous conduit ainsi à admettre une âme spirituelle.

Or, l'existence de Dieu et d'une âme spirituelle une fois admise, les principales difficultés soulevées contre la révélation chrétienne tombent d'elles-mêmes. Tout d'abord, dans cette hypothèse, on ne voit pas ce qu'on pourrait objecter à la possibilité d'une révélation divine. Du côté de Dieu, rien ne s'y oppose — pourquoi l'Ktre souverain qui a donné à l'homme l'existence, qui se révèle indirectement à lui de tant de manières

dans la création, ne pourrait-il pas se mettre en rapport direct avec riiomme et se révéler immédiatement? Du côté de l'homme, nulle impossibilité — un commerce immédiat avec Dieu répond, au contraire, à l'intime désir de l'homme redevable à ce Dieu de son existence, soumis en toutes choses à ce Dieu dont il dépend pour le temps et pour l'éternité. Dans les conjonctures importantes et difficiles l'homme recourt au conseil de ses semblables : n'accueiilera-t-il pas avec un empressement plus grand encore les lumières bien autrement sûres de la révélation divine, lorsqu'il s'agit des intérêts les plus graves et des problèmes les plus importants de la vie, à la solution desquels sont attachés son bonheur temporel et son éternel salut?

La révélation est donc possible ; et, dans l'hypothèse de l'existence de Dieu, souverain Maître de l'homme, il est également évident que l'homme a le devoir d'accepter cette révélation, si elle lui a été donnée, et d'examiner avec le sérieux et la loyauté qu'exige l'importance de la question, une religion qui se présente à lui avec les marques suffisantes de son origine divine, fermement résolu à suivre la vérité à tout prix.

Or, quiconque apporte à cette étude une volonté loyale, se convaincra sans peine de la vérité de la religion chrétienne. Qu'une prétendue « science comparée » s'etTorce de supprimer toute distinction entre la religion chrétienne et les autres, c'est précisément par cette comparai-

son, et d'autant plus sûrement qu'elle sera faite avec plus de soin, qu'un esprit droit arrivera à la certitude qu'entre la religion chrétienne et les autres il n'y a pas seulement une différence accidentelle, mais que, par la pureté et la précision de sa doctrine, par la confirmation que lui donnent les faits surnaturels, par les fruits qu'il produit, le christianisme se distingue des autres religions comme la vérité se distingue de l'erreur, comme une œuvre divine se distingue d'une contrefaçon tentée par l'homme ou par le démon.

Supposer que le christianisme repose sur un mensonge et sur une illusion, ce serait jeter l'histoire tout entière de l'humanité dans une confusion inextricable, la rendre inintelligible, lui enlever tout son sens. Dans cette hypothèse, en effet, le chrislianisme serait la plus insensée des illusions, la plus grossière des impostures dont l'homme ait jamais été la victime. Ses fidèles se verraient contraints, sous peine de damnation éternelle, d'ajouter foi à des erreurs, de se soumettre aux plus pénibles sacrifices dans une espérance absolument vaine. Et comme, d'un autre côté, au point de vue de l'histoire et de la civilisation, le christianisme l'a emporté et l'emporte infiniment sur tous les autres systèmes religieux et philosophiques, il s'ensuivrait que la plus cruelle des erreurs, la plus indigne des impostures, la plus insensée des superstitions a pu conduire l'humanité à la perfection la plus élevée et fonder la civilisation la plus haute, sans

contredit, que l'homme ait jamais pu atteindre.

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », disait le fondateur de la religion chrétienne, et, dans cette parole, il nous donnait un moyen infaillible de distinguer l'erreur de la vérité. Seule, en effet, la vérité peut s'attester par la vie, par la ;< réalité ». L'erreur, par une nécessité intrinsèque, est condamnée à échouer dans la réalité. Si donc depuis dix-huit siècles le christianisme révèle partout sa vie et sa puissance ; si le positivisme, malgré tous les efforts tentés depuis cinquante ans, n'a abouti partout qu'à l'échec, on ne saurait douter de quel côté est la vérité.

La soumission même de la raison et de la volonté, que la religion chrétienne exige par la foi à ses mystères et par l'obéissance à sa loi morale, ne peut être, pour un esprit « positif », une raison de révoquer en doute la vérité du christianisme. Le savant le plus positif n'ignore point que la nature est pleine de mystères dans tous les ordres de ses phénomènes, même les plus communs. Y aurait-il, pour les sciences naturelles, un procédé moins scientifique, moins « positif », que de rejeter l'existence d'une chose sous prétexte qu'elle est incompréhensible ? Si donc le savant doit admettre le mystère jusque dans le monde sensible, immédiatement accessible à sa connaissance, comment supposer raisonnablement que le mystère ne puisse se rencontrer dans le monde spirituel ou dans les sphères divines ? Les mystères de la religion chrétienne ne sont donc pas une raison de douter de son ori-

gine divine : leur absence, bien plutôt, serait une preuve qu'on pourrait faire valoir contre elle.

Bien moins encore les limites imposées à la liberté de l'homme par la loi chrétienne peuventelles retenir la foi d'un esprit « positif ». Dans l'hypothèse, en effet, que la loi chrétienne est d'origine divine, cette loi ne saurait jamais devenir un obstacle à l'évolution naturelle de l'homme. Non seulement elle ne porte aucune atteinte à la véritable liberté, mais elle la transforme et la conduit à sa plus haute perfection par la ressemblance avec Dieu, l'Être souverainement libre et infiniment parfait, Libertas sine gratia non est libertas, sed contumacia, dit excellemment saint Augustin 1. Les vrais obstacles de la liberté humaine sont les passions; et la loi chrétienne les écarte, quand on veut lui obéir. Elle affranchit l'homme en l'arrachant à la tyrannie de l'animalité ; elle l'élève en le divinisant. — Qu'il soit nécessaire de fixer des limites à la liberté, pour que la liberté elle-même soit possible, tout le monde en convient. Le christianisme, loi de charité, nous enseigne à remplir parfaitement, et en même temps librement et avec joie, tous les devoirs de l'homme envers lui-même et envers ses semblables : il concilie ainsi la loi et la liberté, il devient la sauvegarde de la liberté véritable.

C'est ainsi que, par la méthode positive, a comparée » et historique dont le positivisme lui-

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