‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 35 sur 342 · Revue philosophique, xxviii · texte numérisé non relu

Revue philosophique, xxviii

tiale, il n'est ni l'un ni l'autre. Il n'est pas le « continuateur de Comte », dont il a volatilisé le ■système jusqu'au point de ne lui laisser que l'écorce, ou môme jusqu'au point de n'en conserver absolument rien. Nous avons vu qu'il ramène tout le positivisme à l'emploi de la « méthode positive ». Or, Aug. Comte — d'après son propre témoignage — n'a nullement découvert la méthode positive. « Tous les bons esprits », dit-il, « répètent, depuis Bacon, qu'il n'y a de connaissances réelles que celles qui reposent sur des faits observés »*.

Pour la critique, Littré ne peut être le u chef d'une école philosophique », par la bonne raison qu'il n'a pas de doctrine à lui. Des opinions isolées, sans lien entre elles, sans consistance et parfois même contradictoires, ne peuvent fonder une doctrine. Littré lui-môme le sentait bien. Aussi parlait-il beaucoup, comme le rapporte Antoine ^^ d'un « projet d'école supérieure positiviste, sous le patronage de députés, de journalistes, de francs-maçons et même de sénateurs ». A diverses reprises il promit d'exposer systématiquement les six sciences de la philosophie positive. Il était toujours sur le point d'écrire un chefd'œuvre philosophique, malgré les pressantes exhortations d'Aug. Comte qui l'en dissuadait. Mais jamais il ne réalisa aucun de ces projets. Il

1, Cours de philosophie positive, i, 8 ["12].

2. Antoine. Aperçu sommaire sur la vie et Vœuvre de P. Laffilte, p. 33.

52 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a. COMTE

en rejeta la faute sur son grand âge. « La philosophie et la science », dit Antoine avec une certaine amertume, mais non sans à propos, « n'y ont, sans doute, pas perdu grand chose... Mais si l'Humanité ne lui doit aucune construction inlellectaelle, en compensation il a beaucoup traduit et beaucoup écrit sur les œuvres d'autrui. Il a certainement rencontré son idéal dans la rédaction d'un Dictionnaire de la langue française, qui lui a fourni l'occasion de composer une multitude d'articles que l'ordre alphabétique le dispensait de relier par des vues philosophiques. Aussi ce travail d'érudition a-t-il été la véritable destination de ce laborieux lettré ».

On pourrait peut-être ajouter à cette appréciation que, de fait, dans toute son œuvre philosophique, Littré s'est placé au point de vue de Madame Comte et des intérêts de cette femme philosophe, beaucoup plus qu'au point de vue de son ancien maître. Lorsqu'on songe à son. amitié pour Madame Comte, à sa conduite à l'égard du philosophe après la rupture de 1852, à la manière dont il parle des talents philosophiques de Madame Comte et de sa bienveillance à l'aider dans ses propres travaux S on arrive à se convaincre que les disciples orthodoxes du fondateur du positivisme n'ont pas tout-à-fait tort quand ils appellent ironiquement Madame Comte la « papesse

1. Voir, par exemple, Auguste Comte et la philosophie positive, XI ; Principes de la philosophie positive, 6 ;. Philosophie piosilice, xviii, 290 et suiv.

<le l'école de Littré ». — Madame Comte mourut le 26 janvier 1887.

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