‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 38 sur 342 · Deutsche Rundschaxi, tom. xxxix (1884), p · texte numérisé non relu

Deutsche Rundschaxi, tom. xxxix (1884), p

trait volontiers généreux lorsque les Sœurs de charité lui recommandaient quelque nécessiteux*. La nièce de Lamartine, Madame de Pierreclos^ appelait Littré, à cause de ses vertus naturelles^ «un saint qui ne croit pas en Dieu».

23. — « L'émancipation de l'esprit» et la «tolérance» chez Littré. — Littré possédait au plushaut degré les qualités que la libre-pensée regarde précisément comme les plus beaux ornements du sage moderne. Ces qualités sont, d'une part, une complète émancipation de l'esprit, et, d'autre part, la tolérance pour les opinions d'autrui.

Un esprit complètement émancipé des religions traditionnelles, voilà ce que les libres-penseurs regardent aujourd'hui comme l'idéal au point de vue religieux ou intellectuel. Pour cela^ il ne suffit pas de rompre entièrement avec toutes les notions « théologiques » ; il faut encore une telle fermeté, une telle maturité dans la « conviction » irréligieuse, qu'au spectacle des luttes livrées en divers sens par les « esprits qui ne sont pas encore parvenus à la maturité », on ne perde jamais le calme, pour attendre avec une tranquillité stoïque l'issue qui ne saurait plus être douteuse pour les sages modernes. Plus que personne, Littré a été la personnification de ce système, de cette absolue indifférence pour tous les problèmes religieux et métaphysiques. 11 montrait

1. Figuier, Vannée scientifique et industrielle, 25® année, 1882, pp. o06 et suiv.

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une telle satisfaclion, une fermeté si inébranlable dans ses convictions irréligieuses que, même peu de temps avant sa mort, il affirmait* n'avoir jamais eu dans sa vie aucune crainte à ce sujet.

Quant à la tolérance dans laquelle les librespenseurs voient volontiers le résumé de la perfection morale, celle de Littré était vantée comme une merveille. Un trait de sa vie domestique lui valut, sous ce rapport, une réputation qui rendit ■sa tolérance proverbiale parmi les libres-penseurs. — Madame Littré était une fervente catholique. Elle n'avait qu'une fille, Sophie, que sa mère ■éleva dans ses croyances. Littré s'était d'abord proposé d'exposer ses propres théories à sa fille, quand elle serait parvenue à l'âge de raison, afin ■que l'enfant pût choisir librement. Mais lorsque le moment fut venu, il renonça à son dessein : -« L'expérience », disait-il, « ne valait pas les larmes qu'elle aurait fait verser »-. Jamais il ne <:ontraria en rien sa femme et sa fille, qui pratiquaient régulièrement la religion catholique et fréquentaient souvent l'église. Il s'abstint toujours de toute parole qui aurait pu les blesser dans leurs pieux sentiments.

Cette douceur et cette tolérance pour les convictions religieuses, dont Littré faisait preuve dans la vie domestique, on les retrouve en quelque sorte jusque dans sa propagande en faveur

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