Ibid., VIII, 41i
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efforts de Littré pour répandre la doctrine positiviste trouvèrent dans la franc-maçonnerie.
2o. — Littré entre dans la franc-maçonnerie. — Ce n'est assurément pas sans motif que Littré, déjà parvenu à un âge avancé, frappait à la porte de la franc-maçonnerie et que, le 8 juillet 1873, il fut admis dans la loge « La Clémente Amitié » avec une solennité dont on n'avait plus eu le spectacle depuis que Yoltaire avait été reçu en semblable circonstance ^ Environ trois mille francs-maçons de différents rites, — entre autres Gambetta et bon nombre de républicains de marque — étaient accourus pour cette occasion au temple maçonnique (rue Cadet, IG). Beaucoup d'autres ne purent entrer, faute de place. A la question, « Quels sont les devoirs de Ihomme envers Dieu »? Littré répondit, comme nous l'avons dit plus haut, par un exposé du positivisme ^. D'ailleurs, s'il restait quelque doute sur la signification que l'on attachait à la réception du nouveau F.., l'incertitude ne serait plus possible après le discours prononcé par le F.-. Jules Ferry, pour l'anniversaire de la réception de Littré.
26. — Discours du F.-. Jules Ferry. — Jules Ferry qui, avec le linguiste Chavée, eut le bonheur de «voir la lumière maçonnique» dans la
4. Voir Chaîne d'union, juillet 1875, pp. 552 et suiv.; Monde maçonnique, juillet 1875.
2. Le discours de Littré est reproduit in-exlenso dans la Philosophie positive, xv, 161 et suiv.
même loge que Littré et le même jour que lui, reçut du président la mission d'exposer aux frères et amis la signification de la réception du nouveau F.".. Le sujet proposé était celui-ci: La francmaçonnerie comme école de la philosophie positive. Voici les principaux passages de ce discours.
«Nous célébrons aujourd'hui, mes Frères, l'anniversaire de l'initiation du F.*. Littré, de ce grand fait maçonnique, de ce fait reconnu, accepté et célébré comme grand, de l'entrée officielle du positivisme par un de ses représentants les plus illustres dans le sein de la Maçonnerie. Est-ce que ce fait est un fait de hasard?... J'y vois quelque chose de plus. Je crois qu'il n'y a là rien de fortuit, et je crois que, si ce grand et sage esprit, cet homme de grande science et de hautes vertus vous est venu, dans le déclin rayonnant de sa belle carrière, de cette vie si pleine dans laquelle se trouvent tous les services sociaux et toutes les grandeurs morales [salves d'applaudissements, bravos répétés), ah ! croyez-le bien, ce n'est pas une fantaisie tardive qui l'a amené parmi vous, •c'est quelque chose de plus, c'est qu'il y avait une affinité intime, secrète entre la Maçonnerie et le Positivisme. Et si le Positivisme a fait son entrée dans la Maçonnerie, c'est que la Maçonnerie était depuis longtemps positiviste sans le savoir. » [Bravos).
F.'. Ferry montre ensuite que la franc-maçonnerie est l'union de la charité et de la tolérance, en ce sens que la fraternité est au-dessus de tous
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les dogmes et de toutes les conceptions métaphysiques, au-dessus de toutes les religions et de toutes les philosophies ; c'est-à-dire, ajoutc-t-il, que « la sociabilité qui n'est pas autre chose que le nom scientifique de la fraternité, que la sociabilité est capable de se suffire à elle-même; cela veut dire que la morale sociale a ses garanties, ses racines dans la conscience humaine, qu'elle peut vivre seule, qu'elle peut enfin jeter ses béquilles théologiques, et marcher librement à la conquête du monde. [Bravos répétés). C'est là votre foi, c'est votre instinct séculaire, et c'est précisément tout le fond du Positivisme. Pour le Positivisme, la morale est un fait essentiellement humain et distinct de toute croyance sur le commencement et sur la fin des choses. La morale est un fait social, qui porte en lui-même son commencement et sa fm; et la morale sociale devient ainsi par dessus tout une question de culture, non pas seulement la culture que donne l'éducation primaire ou supérieure, mais celle qui résulte des législations bien faites, et aussi de la pratique intelligente de l'esprit d'association. Eh bien, de même que ce philosophe qui démontrait le mouvement en se mettant à marcher, vous existez comme association, et il se trouve que vous êtes un des plus précieux instruments pour cette culture du sentiment social, pour ce développement de la morale sociale et laïque à laquelle vous vous êtes consacrés » [Très bien! très bien! applaudissements.).
L'orateur ajoute que la loge maçonnique ,
comme le positivisme, combat contre le « mysticisme » de la théologie qui, selon la belle expression de Littré, ne sait opposer à ses adversaires qu'un, « déchaînement de surnaturel grossier et stupide [salve d'applaudissements), l'embrigadement général de la sottise humaine » [vifs applaudissements). Dans sa marche vers le progrès, la loge est également d'accord avec le positivisme. «La Maçonnerie vit, depuis qu'elle existe, sur l'instinct du progrès humain (r7'ès bien/). Eh bien, mes Frères, si la Maçonnerie a l'instinct du progrès humain, j'ose dire que la philosophie positive en a fait la démonstration scientifique. [Très bien.'). C'est ici que se placent tous ces travaux, auxquels Littré a pris une si grande part... Quand on est animé de cette conviction (que l'humanité progresse constamment, que la charité prend de plus en plus le pas sur l'égoïsme individuel), quand l'humanité nous apparaît, non plus comme une race déchue, frappée de décadence originelle, et se traînant péniblement dans une vallée de larmes, mais comme un cortège sans fin, qui marche en avant vers la lumière y alors on se sent partie intégrante du Grand Etre qui ne peut périr, de cette humanité incessamment grandie, sauvée, améliorée; alors on a conquis toute la liberté, car on est affranchi de la crainte de la mort. [Bravos redoublés). Yoilà, mes Frères, ce qui me paraît être l'esprit dominant de vos entretiens, de votre œuvre commune; voilà pourquoi le Positivisme y tient si bien sa place ; voilà pourquoi il est bon de répéter, comme
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coDclusion de tous nos discours, les belles paroles si simples et si éloquentes à la fois de Littré quand il vient vous dire : «Toute la morale sociale est là: instruisez-vous, instruisez les autres )j*.
Qu'en parlant ainsi Jules Ferry ait exactement traduit la pensée de ses auditeurs, c'est ce que prouve le « tonnerre d'applaudissements » qui, d'après le M onde maçonnique, accueillit la «brillante et puissante improvisation » de l'orateur, c'est ce que prouvent également les félicitations et la fraternelle accolade du Grand Maître du Grand Orient de France et du président de la Loge « La Clémente Amitié ».
27. — Littré est tenu en haute estime par la franc-maçonnerie: ses travaux dans la loge. ~ Pour juger quelle importance les francs-maçons attachaient à la réception du nouveau F.'., nous rappellerons une parole du F.-. Cousin qui, de 1883 à 1885, fut président du Conseil de l'Ordre en France. Dans un banquet offert par la loge « La Clémente Amitié » à l'occasion de l'assemblée des francs-maçons en 1883, Cousin disait: « J'ai eu l'honneur insigne, mes Frères, et c'est le plus grand souvenir de ma vie, de recevoir, dans cet hôtel de la Maçonnerie, l'un des plus grands libres-penseurs du siècle, et certainement son plus illustre travailleur, Littré » ^.
Nous ferons remarquer encore que la franc-