I. Robinet, Notice, etc., 1864, p
que, après vingt ans delTorts, il arriva enfin à une certaine célébrité.
Voici comment Antoine, un admirateur de Laffitte, nous dépeint le directeur du positivisme :
« Ceux qui n'auraient pas été attirés vers le directeur du positivisme par la haute valeur abstraite de ses expositions philosophiques et sociales, Tout été par sa connaissance approfondie des choses délicates, par son goût prononcé pour les beaux-arts et surtout pour la musique, le plus affectueux de tous, par ses entretiens auxquels une gaieté aimable et une heureuse simplicité ajoutent tant de vivacité et de charme, et qui ont joué un rôle considérable dans l'action religieuse et politique du positivisme. Vraiment gentilhomme dans la noble acception du mot, son affabilité lui a conquis les cœurs comme son enseignement les esprits. Quoiqu'il eût tous les titres pour juger, c'est avec sa bonté habituelle que M. Pierre Laffitte a couvert de l'oubli les attaques de littérateurs incompétents. Faisant toujours ressortir les mérites plutôt que les torts, il a introduit dans le langage et dans l'activité cette indul gence, exempte d'aigreur et de mépris, qui convient envers des esprits attardés à des dogmes auxquels on a cru soi-même... Opposé à toute artificieuse réserve, M. Pierre Laffitte n'a pas cru compromettre son légitime empire par trop d'abandon et de bienveillance; il a cédé à une disposition spontanée qui rendait ces prédications plus accessibles aux entendements féminins et proie-
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taires, et la confiance qu'il leur a inspirée justifie cette attitude » *.
Pour comprendre ces paroles un peu mystérieuses, il faut se rappeler toute l'importance que, dans son système, Aug. Comte attache à l'élément féminin, et surtout aux facultés affectives de l'homme 2. Le maître veut que le « prêtre positiviste » soit marié ^. Laffitte ne s'est point conformé à ce précepte, ce qui lui a valu d'être sévèrement blâmé par les positivistes d'une stricte orthodoxie *. « Quoique le mariage reste facultatif pour les citoyens ordinaires», dit Aug. Comte dans le Catéchisme positiviste {2" édit., p. 271), « il devient donc obligatoire pour les prêtres, dont l'office ne peut être dignement rempli sans l'influence continue, d'ailleurs objective et subjective, de la femme sur l'homme. Afin de les mieux éprouver à cet égard, la religion positive impose déjà cette condition aux simples vicaires ». « L'obligation », reprend Lemos, « l'obligation est nette et précise, et d'une telle importance que son infraction aurait dû suffire pour écarter M. Laffitte de la direction positiviste et nous empêcher, je le répète, de le reconnaître
1. Antoine, Aperçu sommaire sur la vie et sur l'œuvre de M. P. Lof fille..., p. 72.
2. Voir: H. Gruber : Aug. Comte fondateur du positivisme ; sa vie et sa doctrine... ; n»* 100, 101, 102.
Z. Ihid., n° 109; Système de politique positive, iii^ 72,255.
4. Miguel Lemos, Le positivisme et le sophiste P. Laffitte, p. 31 : Audiflfrent, Lettre à M. Congreve iSlS.
n. ÉCOLE POSITIVISTE ORTHODOXE DE LAFFITTE 91
comme simple prêtre, encore moins comme le successeur du Maître»*.
Tout récemment encore, les positivistes de la stricte observance renouvelaient leurs efforts pour renverser le positivisme de Laffitte. Congreve lui reproche d'être un « sel affadi »^. Jorge Lagarrigue, d'accord en cela avec Mig. Lemos, regarde Laffitte comme un malheureux dévoyé qui, en exploitant le positivisme, joue une ignoble comédie ; comme un rebelle et un traître qui, malgré la défense la plus formelle du Système politique de Comte, a fini par accepter une place dans un établissement officiel d'instruction^. On sait que Laffitte a été nommé professeur d'histoire générale des sciences au Collège de France, par un décret en date du 30 janvier 1892.
Une vaste érudition, un talent remarquable d'exposition, voilà deux qualités que Laffitte possède éminemment, au témoignage même de ses adversaires dans l'école positiviste, v Monsieur P. Laffitte, qui possède une immense érudition encyclopédique et une éloquence dont la clarté d'exposition et le charme pénétrant et suggestif tiennent du miracle, serait certainement un des hommes les plus considérables de l'époque, si par un aveuglement incompréhensible chez un pen-