‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 107 sur 320 · LIVRE IL - CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

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théorie de rabstraction et la distinction des deux connaissances, Tune antérieure au langage, Tautre simultanée avec le langage.

Les êtres réels se présentent d'abord à notre intelligence dans leur unité concrète. Cette unité est rapidement, mais très évidemment constatée quand il s'agit des faits internes, par le premier acte de conscience qui saisit le moi sentant; quand il s'agit de faits externes, par l'apparition au travers des sensations de la notion de corps réel et objectif.

Immédiatement cette connaissanM première est décomposée par l'abstraction en éléments idéaux distincts.

Mais immédiatement aussi, l'intelligence qui sait ce qu'elle fait, qui a conscience de la nature de son acte , reconnaît Tunité réelle et l'identité concrète qui existe entre l'élément qu'elle a abstrait, et le sujet concret dont elle l'a tiré. Elle exprime cette identité par un jugement réunissant le prédicat abstrait, qualité ou phénomène, au sujet concret, à la substance.

Ainsi après avoir dégagé de la notion brute du moi pensant ridée générale de la pensée, et l'avoir distinguée de la notion concrète et particulière du moi et des autres éléments que cette notion contient, je rejoins la notion de pensée à celle du moi, et j'exprime cette union par le jugement :

Je pense

ou

Je suis pensant.

De même , après avoir perçu un corps sphérique et-lbapénétrable, j'ai dégagé, par abstraction, l'idée de sphère ; je la sépare à la fois de l'impénétrabilité et de l'existence particulière et concrète du corps. Puis, je rejoins la notion abstraite de sphère à la notion brute de corps, en disant :

Ce corps est sphérique.

Si je vois une pierre qui tombe, je saisis d'abord par la perception expérimentale la notion de pierre tombante; j'en dégage, par abstraction , l'idée de chute ou de mouvement de haut en bas , je la sépare de ces notions de la pierre ; puis je la réunis par le jugement :

Cette pierre tombe.

La même théorie explique aussi des jugements qui semblent

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plus simples encore et plus difficiles à dëcomposer en plusieon opérations distinctes. Ce sont ceux où Ton affirme Texistence d*un être.

J'existe.

Tel corps existe.

Au fond , ces jugements reviennent à ceux-ci :

Je suis existant.

Tel corps est existant.

Ils supposent donc que nous possédons la notion générale d'existence.

Mais les premiers objets de Texpérience, soit internes, soit externes, sont réels. Ils sont sentis et perçus comme tels. Or, l'existence n'est autre chose que la réalité. H suffit donc d'une abstraction plus subtile que la précédente, mais tout aussi spontanée, pour dégager de la notion du moi sentant et pensant, de celle des corps étendus et résistants, la notion d'existence qui s'y trouve, pour reconnaître que le moi sentant est un moi existant, un moi réel, que le corps étendu est un corps existant.

L'abstraction ayant dégagé la notion d'existence, le jugement la réunit et énonce l'affirmation.

Je suis existant.

Tel corps est existant.

Tel est le mécanisme compliqué, mais sûr, de l'intelligence humaine en face de la réalité. Perception du concret dans son unité inexpliquée , puis dégagement des éléments abstraits , et, enfin, réunion par un jugement de chacun de ces éléments abstraits au sujet concret primitivement perçu.

Ici , nous pouvons reconnaître quelle a été l'erreur de Reid, lorsqu'il a donné pour fondement à la connaissance humaine des jugements primitifs non comparatifs.

Il a confondu l'affirmation implicite, le jugement rudimentaire qui se trouve dans toute perception, avec les jugements explicites qui ont pour forme l'union d'un sujet avec un attribut.

Sans doute, il est nécessaire d'admettre ce caractère implicitement affirmatif de toute connaissance. Mais cette affirmation ne peut se traduire par des paroles qu'après l'intervention de ]'abstraction ; et, lorsqu'elle est exprimée par un jugement, ce

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