‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 108 sur 320 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

jugement est réellement le résultat du rapprochement de deux notions et de la perception de leur accord. Seulement, ceÈ deux notions que le jugement réunit ont une même origine. Ce sont des fragments de la notion unique qu'a fournie la perception concrète. ' *

Ce qui montre que le jugement etjplidle n'est pas le fait intellectuel primitif, c'est qu'une même notion concrète, résultant d'une même perception, peut être exprimée sous forme de plusieurs jugements.

Voyant une pierre qui tombe , je puis dire :

Cette pierre est tombante.

Cette pierre tombante existe.

Cet objet qui tombe est une pierre.

Tous ces jugements sont la recomposition de la même notion brute décomposée de diverses manières par l'abstraction.

Ce qui est primitif, ce ne sont donc pas les jugements^ mais l.i notion concrète dont ils sont extraits.

Ainsi , sans ébranler l'autorité des jugements primitifs résul-, tant de la perception , nous pouvons leur enlever ce caractère d'affirmation aveugle et sans motif qui rend choquante la doctrine de Reid. L'intelligence n'est pas une faculté qui prononce des arrêts sans avoir entendu la cause.

Elle n'affirme que ce qu'elle a perçu. Elle n'exprime sous forme d'un jugement que l'union réelle qu'elle a constatée entre un sujet et un attribut.

La forme complexe du jugement correspond à une réelle complexité des idées.

Le fait affirmé est unique , mais il contient au moins deux idées que l'abstraction a séparées , et que le jugement réunit.

Ainsi , il y a trois actes successifs de l'intelligence :

La perception concrète soit interne , soit externe ;

L'analyse par abstraction ;

La s]nithèse par le jugement.

La perception concrète , antérieure au langage , implicitement affirmative , saisit les notions réelles, celles des substances revêtues de .leurs qualités, subissant et opérant leurs phénomènes ;

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elle les saisit telles qu elles sont, c'est-à-dire actuellement existantes ; elle les observe à titre de faits.

L'analyse par abstraction, simultanée avec le langage, mais antérieure à Taffirmation, décompose la notion concrète en notions abstraites et générales , dégage les idées des faits.

Le jugement est la recomposition de ce que l'abstraction a décomposé.

Par le jugement, Tintelligence atteste que son abstraction n'était qu'idéale et que les éléments qu'elle a séparés sont réellement unis dans la réalité.

L'intelligence l'atteste, parce qu'elle le sait, parce que cela lui est évident; parce qu'elle est une faculté lumineuse; parce que la perception concrète, qui révèle l'unité vivante des êtres, coexiste avec Tabstraction qui la décompose ; parce que ces deux connaissances se complètent et se corrigent Tune Tautre.

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