‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 110 sur 320 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

lités politiques et guerrières, et en les lui attribuant, en racontant les diverses actions de sa vie.

Je décrirai Torange qui est sous mes yeux en disant qu'elle est étendue, solide, odorante, en disant sur quel arbre elle a poussé, quelles modifications elle a subies ou peut subir à l'avenir.

Chacune des qualités ou des modifications diverses que l'abstraction a découverte dans la personne d'Alexandroi ou dans Torange que j'ai considérée, sera reliée à son sujet par un jugement. L'ensemble de ces jugements, comprenant tout ce que je puis affirmer sur l'être, constituera une notion nouvelle; ce ne sera plus la notion concrète brute, ce sera la notion concrète expliquée et développée par l'abstraction.

L'unité de l'être sera indiquée par le sujet commun de chacun de ces jugements, et la variété résultera de la diversité de ses attributs. J'aurai ainsi extrait de l'être ce qui est en lui, je l'aurai fait épanouir de deux manières, en déployant toute la variété de ses qualités et toute la succession de ses phénomènes.

Ainsi le jugement est la synthèse partielle des deux connaissances; la description ou réunion d'un grand nombre de jugements en est la synthèse*^- complète. Il est facile de voir que cette synthèse elle-même est très imparfaite. L'unité de l'être, nonobstant les efforts de la synthèse, est restée brisée. L'être décrit n'est plus l'être vivant et un que nous avons perçu. Il est encore divisé, coupé en fragments idéaux. Nous n'avons plus devant les yeux le corps vivant, nous ne voyons que ses membres et ses organes, que le scalpel de l'abstraction a séparés, et que le jugement ne peut rejoindre que d'une manière imparfaite et factice.

Nous touchons encore ici à una^ des limites de notre intelligence ; nous reconnaissons ici encore qu'elle ne saisit qu'impai^faitement la réalité. L'abstraction est une grande et lumineuse puissance ; elle pénètre dans la partie intime de la réalité ; elle perçoit et dégage les essences. Mais elle modifie, elle simplifie selon sa nature propre l'objet qu'elle a sous les yeux ; elle ne le reproduit que d*une manière imparfaite, de sorte que si l'on peut dire que l'abstraction est la principale source de la fécondité de l'esprit humain, on doit ajouter que la nécessité d'abstraire pour connaître est l'aveu de son irrémédiable insuffisance.

fM LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

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