‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 112 sur 320 · LIVRE II. - CHAPITRE ïll · texte numérisé non relu

LIVRE II. - CHAPITRE ïll

Il faut que la uotion concrète, semblable à Taliment brut, soit digérée et dissoute par Tintelligeuce ; il faut qu'elle soit devenue en partie idéale pour être assimilable. L'abstraction joue dans la production de la connaissance, un rôle analogue à celui du suc gastrique dans la nutrition.

Aussi, quand la perception expérimentale brute, révélant un fait réel, c'est-à-dire une substance manifestée dans un phénomène, se présente à notre esprit, elle reste pour ainsi dire à la porte de Tintelligence. Cette notion porte sa certitude avec elle^ mais cette certitude est engagée dans la réalité du fait comme dans une gangue ; Tintelligence possède cette certitude sans le savoir et sans s'en rendre compte ; elle ne peut donc l'exprimer, ni à plus forte raison l'affirmer.

L*abstraction survient, et décompose la notion expérimentale en éléments divers qui, devenant de véritables idées, pénètrent dans l'intelligence et sont pénétrées par elle. Plus simples que la notion concrète, ces éléments abstraits sont l'objet d'une connaissance claire et lumineuse. Ils sont représentés par des mots dont le sens est aisément compris.

Seulement, ces éléments étant abstraits, généraux, dégagés de la réalité particulière, indépendants du temps et de l'espace, ne sont plus susceptibles d'être l'objet de la croyance ni de l'affirmation.

Ils existent dans l'intelligence ; l'intelligence les connaît, les appréhende, suivant l'expression scolastique, mais elle n'en affirme rien. Blancheur, solidité, forme sphérique, mouvement, pensée, sensation, ces idées habitent l'intelligence, mais no provoquent aucune croyance, aucune adhésion spéciale; ellei ne sont ni vraies ni fausses; chacune est ce qu'elle est.

Mais tandis que l'abstraction a opéré sa division, la perception concrète primitive n'a pas disparu, l'objet présent n'a pas cessé d'attester son unité réelle. C'est cet objet qui attire l'attention de rintelligence, c'est lui qu'elle veut connaître. Aussi, bientôt un rapprochement s'établit entre chacun des éléments abstraits el la notion concrète dont il a été extrait.

Aussitôt se manifeste un rapport d'identité, que l'intelligence aperçoit, et dans lequel, la clarté résultant de l'abstraction se

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réunit an caractère de réalité actuelle de la notion conciète. Ce rapport s*expriine par un jugement. ^

AlorSy i0 circuit intellectuel étant complet, Tunité confuse de la perception ayant été détruite par l'abstraction et remplacée par l'unité distincte du jugement, Fintelligaiiea s'anéte en face de son CBUYre, elle l'approtve et s'y complaît. ' ElieT affirme. A la suite de chaque opération intellectuelle complète, elle se dit intérieurement : cela est vrai ; comme nous voyons dans la Sainte Écriture, le Créateur après chaque jour de la création, s'arrêter pour approuver son œuvre.

Ainsi^ l'affirmation implicite est contenue dans la perception, mais c'est dans le jugement que cette affirmation se manifeste explicitement; elle est alors le couronnement de l'œuvre de l'intelligence et l'expression distincte de sa pensée.

Ainsi tout en percevant la vérité d'une manière exacte, l'intelligence l'imprègne de ses caractères propres, elle opère conformément à sa nature, par un procédé discursif, par une analyte et une synthèse continuelles suivant l'admirable définition des scolastiques : Intellectus dicidens et componens.

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