DU SENSUALISME
Résumons la doctrine que nous avons établie dans les premiers chapitres de ce livre.
Nous nous sommes placé d'abord en présence des expériences vulgaires et primitives, de celles par lesquelles nous prenons connaissance de nous-mêmes et des objets extérieurs.
Nous avons pour ainsi dire refait ces expériences, nous nous sommes placé dans la situation de Thomme qui observe ses propres sensations, ou qui perçoit un corps pour la première fois, et nous sommes arrivés à cette conclusion :
Le premier objet qui tombe sous l'observation, c'est la substance revêtue de ses qualités ; c'est le moi sentant ou voulant ; c'est le corps étendu et résistant.
Puis nous avons suivi cette première donnée jusqu'au moment où elle a pris dans notre pensée et dans notre langage la forme d'un jugement affirmatif .
Nous avons reconnu qu'elle subit d'abord une décomposition par l'abstraction, que ce n'est que par l'effet de cette analyse que la connaissance perçue et sentie devient une connaissance parlée.
Nous avons vu ensuite que l'analyse par l'abstraction était corri-
gée par la synthèse du jugement, et qu'alors la réalité se trouvait aussi exactement que possible, mais cependant imparfaitement, peinte dans notre intelligence.
Il y a conformité parfaite entre le résultat de cette analyse psychologique et les données de bon sens que nous avons résumées dans notre premier livre.
Les opérations intellectuelles, perception concrète et abstraction, correspondent exactement aux deux aspects de la réalité ; celui sous lequel les substances apparaissent dans leur unité permanente, et celui sous lequel elles s'épanouissent dans leur diversité multiple et mobile. Le jugement exprime parfaitement Funité de la réalité sous ces deux aspects, Tidentité concrète des phénomènes et des qualités avec leur sujet.
Elnfin la grammaire apporte son témoignage vérificateur, et nous montre dans Texpression verbale des observations les plus simples, la substance concrète comme sujet de la proposition, la qualité ou phénomène généralisé comme prédicat, et leur unité exprimée par le verbe être ou par la flexion même du verbe personnel qui désigne le phénomène.
La conséquence de cette doctrine, c'est que la notion des substances est la notion expérimentale par excellence. C'est que la substance se trouve contenue dans la première donnée de l'expérience. C'est qu'elle est le premier de tous les faits, le premier de tous les objets d'observation.
L'analyse a donc rigoureusement vérifié ce qu*affirmait spontanément le bon sens.
Hais l'étude que nous avons faite de l'origine de la notion de substance ne sert pas seulement à vérifier nos assertions fondées sur le bon sens ; elle peut encore servir à nous montrer la source des erreurs philosophiques que nous voulons combattre. Elle nous permet de saisir ces erreurs à leur racine même, de les