‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 12 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE PREMIER

pirer des convictions logiquement fondées. En réalité, en effet, les deux systèmes de définitions et de principes nbsistent, face à face Tun de Tautre, sans se combattre réellement ; chacun des auditeurs, à moins qu'il ne soit entraîné par l'élo^ence ou l'art littéraire plus grand de l'un des deux adversaires, choisira selon ses préférences instinctives, selon ses habitudes d'esprit, selon les prédispositions provenant de son éducation antérieure.

L'autre méthode consiste à parler, non pour une école, mais pour le public entier. Quand on prend ce parti, on perd le droit de poser des définitions sans les justifier, et d'affirmer des principes sans établir leur évidence aux yeux du lecteur. Or, ici se rencontre tout entière l'immense difficulté que nous avons signalée, celle qui résulte de la contradiction entre les opinions régnantes et de la variété du sens des termes philosophiques. Quelle langue faut-il parler, et à quels principes faut-il avoir recours pour être compris d'un public qui lui-même parle des langues diverses, et est habitué à entendre et à croire des maîtres qui se contredisent sur tous les points ?

Nous donnerons dans la suite de ce livre la solution qui nous paraît la seule satisfaisante de ce difficile problème ; pour le moment, nous allons indiquer un autre procédé, fort généralement adopté pour esquiver cet obstacle, pour se donner hautement un air d'impartialité, et pour faire à ses auditeurs et se faire à soimême l'illusion qu'on a réellement réfuté ses adversaires et fourni contre leurs opinions et en faveur des siennes propres des raisons concluantes.

Ce procédé consiste à commencer par l'exposé historique et la critique des divers systèmes philosophiques opposés à celui qu'on veut établir, à démontrer leur fausseté, et à présenter en dernier lieu sa propre doctrine comme la seule et unique opinion soutenable, puisque toutes les antres ont été justement condamnées.

Rien de plus simple que ce procédé. On commence par exposer l'un des systèmes adverses, puis on le réfute, ce qui est toujours très facile.

Il y a, en effet, trois sortes d'objections qui se présentent d'elles-mêmes et qu'il suffit d'exposer et de mettre en lumière.

Les premières sont les erreurs proprement dites du système en question, ses inconséquences, ses incohérences véritables. Ce système, étant en effet une œuvre humaine, ne saurait être absohiment sans début.

La seconde classe d'objections résulte de la différence de langage qui existe entre Fauteur du système et le critique* Le critique, qui définit ses propres termes d'après ses opinions, relève par là même très aisément des erreurs apparentes dans un systlQie qui repose sur d'autres définitions. Quand par exemple, comme M. Taine, on a défini un individu un système de faits ^ on peut naturellement reprocher à ceux qui voient dans les individus des personnes véritables et des substances spirituelles, de personnifier des abstractions.

La troisième classe d'objections provient des difficultés communes à tous les systèmes de philosophie, de ces problèmes profonds et insolubles que l'étude de la réalité soulève ; de ces apparentes contradictions auxquelles toute métaphysique doit aboutir lorsqu'elle essaye de scruter le fond de toutes choses.

Bien présentées, ces trois espèces d'objections permettent de condamner le premier système soumis à la critique. Un second, un troisième et un quatrième subissent le même sort. Quand touteë ces ruines sont accumulées, quand le lecteur, débarrassé de tous ses préjugés, se tourne vers l'auteur pour lui demander son opinion^ celui-ci se décide à l'exposer. Naturellement elle est exposée dans un ordre logique, les définitions Ayant été choisies à l'effet de rendre le système entier plausible ; les difficultés qui s'y rencontrent sont diminuées, quelquefois même passées sous silence ; s'il le faut, elles sont rejetées sur la faiblesse •I les limites de l'écrit humain.

Il y a d'ailleurs une raison capitale, une raison dominante et victorieuse qui doit faire accepter le système ainsi exposé ; c'est que, tous les autres systèmes étant absurdes, celui qu'on vient d'énoncer en dernier lieu se présente comme le seul possible, et qu'il faut bien l'accepter, quelque incompréhensible qu'il soit. Pour peu que le lecteur soit bienveillant et qu'il éprouve le besoin d'arriver à une solution, coûte que coûte, les mêmes objections qui, tout à Kheure, étaient des absurdités et des fins de

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