LIVRE m. - CHAPITRE PREMIER
trer, c'est le produire de telle sorte qu'il puisse être vu par deâ spectateurs qui le perçoivent avec la plus grande facilité et la^ploff entière certitude.
L'objet de Texpérience interne est, au contraire, essentiellement personnel. Ce qui se passe dans la conscience d'un homme, est absolument inconnu à la conscience d'un autre homme. Nous n'apprenons ce qui se passe en autrui, qu'au travers des signes de la parole ou des signes naturels des gestes et du visage ; la perception directe des faits internes d'autrui est impossible.
Dès lors, il est impossible au philosophe de manifester extérieurement, de montrer les faits de conscience. Il faut pour les rendre sensibles employer l'un des deux procédés suivants.
Le premier consiste à exposer les faits tels que le philosophe les aperçoit lui-même dans sa propre conscience. Les auditeurs ou les lecteurs, en présence de cette description, sont excités à observer eux-mêmes ce qui se passe en eux. Ils refont intérieurement l'expérience qui leur est décrite ; et si elle est exacte, ils ' doivent trouver leur propre impression conforme à celle qui leur est exposée.
Seulement, il faut, pour réussir, que les auditeiits réunissent plusieurs conditions. Il faut qu'ils soieift de bonne foi, qu'ils ne soient pas imbus de ces préjugés qui empêchent d'apercevoir les vérités morales les plus évidentes. Il faut qu'ils fassent attention à la parole du maître, ce qui est plus difficilç que de regarder un objet extérieur visible. En un mot, tandis que les faits physiques peuvent être aperçus sans effort dès qu'on vous les montre les faits moraux exigent toujours pour être constatés un travail personnel plus ou moins pénible.
Le second procédé consiste à chercher ces faits de eonscience, non plus directement à leur source, en répétant intérieurement l'expérience interne, mais dans les idées et le langage du bon sens, à analyser la pensée humaine dans son expression habituelle , et à remonter ainsi par une voie indirecte jusqu'à sa source expérimentale. Ainsi, prenant l'expression habituelle de nos sensations, de nos pensées, on peut chercher ce que signifient ces mots, sensations, pensées, sentir, penser ; comment le sens de ces mots est entré primitivement dans notre intelligence, et
218 LE POSITÎYISME ET LA SCIENCE EXPÉRIBfENTALE.
reooimaitre ainsi ce qui est nécessairement impliqué dans les (omi^s mêmes du langage.
Ici, néanmoins, se présente une autre difficulté. Le langage, comme nous Favons remarqué, est Tœuvre de la faculté d'abstraction. L'abstrait s'y mêle toujours au concret. La parole est une monnaie qui représente la pensée humaine, c'est-à-dire un alliage nécessaire^ à proportions diverses, d'expérience primitive et de notions abstraites et générales. Il faut donc avoir grand soin de ne pas prendre le change, de remonter à la source, de dégager l'expérience pure dftj^'^ue notre esprit y a ajouté. Cela ne peut se faire encore que ]parun travail personnel, par un examen du sens intime des mots, par un retour sur notre propre pensée traduite, mais modifiée par les signes.
Tels sont les deux moyens que nous allons employer succesdiii|Bient pour mettre en évidence ce fait capital que le moi hul)0ftin, avec son unité indivisible, son identité, sa réalité subs* tantielle, est la donnée primitive de la première de toutes les expérienees, de celle par laquelle nous nous connaissons nousmêmes.