ANALYSE DU TÉMOIGNAGE DE LA CONSCIENCE
Nous avons déjà sigiMtlé les difficultés de Tobservation interne, ftéfléchir, seretoumer vers soi-même, se regarder soi-même intérieurament, c'esl^fle placer intellectuellement dans une attitude péoiîUe et oiMibré: nature. Se regarder ainsi est cependant la seule et unique manière de se connaître. Cette expérience psychologique est jndJiJspenstMft 4ês qu'on veut parler de sensations, de pensées, et savoir ce que Ton dit. Les matérialistet se moquent de cett^ expérience inteme^oK la négligent. Broussais a déclaré qu'elle ne consistait qu'en un seul fait : Se $entir sentir ^ et que ce fait était indifférent et étranger à la vraie science. Mais, chose singulière, osbrfâit que les matérialistes négligent, est, aux yeux « d'une école voisine et amie, le seul véritable fait d'expérience.
Le sensualisme de Locke, qui réduit toute la sciedbe à la sensation et à la réflexion ; le sensualisme de Condillac, qui réduit tout à la sensation transformée, ont pour formule commune que tonte l'expérience consiste à se sentir sentir. Les corps, suivant ce système, n'existent pas, et l'expérience externe est une illusion ; ce ne sont que nos sensations que nous apercevons. De telle sorte que si l'on réunissait ensemble la doctrine matérialiste qui nie l'expérience interne, et la doctrine sensualiste, qui nie la perception externe, il n'y aurait plus d'expérience du tout; la science expérimentale tout entière serait une chimère.
Nous ne nous arrêterons donc pas à Tobjection des matérialistes. Nous triompherons aussi de la difficulté naturelle que nous avons à nous retourner vers nous-mêmes §our nous observer, et nous nous demanderons : Que sommes-nous ? Que sont nos sensations ?
Or, la réponse de la conscience est très évidente.
Ce que je suis, c*est une personne, un individu simple et identique.
Ce que sont mes sensations, ce sont des modifications passagères de ma personne.
a Pourtant^ quand je me tâte et que je m'examine^ il me semble que je suis moi, » Ainsi parle Sosie sur la scène, mais ee qui semble à Sosie fait plus que sembler, est évident à chacun de nous. C'est une évidence primitive, une évideoce parfaitement égale à celle de notre propre sensation. C'est une évidence e]q>érimentaie ; je ne fais aucun raisonnement, je eonstate un fait quand je déclare que j'existe ; et quand je déclare que j'éprosve une sea- ' sation, que je souffre, je déclare en même tmups que j*€adste. Le moi, la souffrance,^t leur rapport d'identité ap manif^Bteiit simultanément à mon intelligence.
Telle est la perception actuelle du moL Elle a tous les caractères d'une olieervation directe.
Il en est de même de la perception du moi passé par la mémoire. La. mémoire est sans doute une très mystérieuse faculté, dont je ne prétends nullement expliquer le jeu. Mais son témoi- * gnage est certain. S'il ne Tétait pas, aucune science, aucun raisonnement ne seraient possibles. La mémoire, d'ailleurs, est une faculté expérimentale; c'est une faculté qui constate et conserve le souvenir des faits. Se souvenir, ce n'est pas raisonner ni induire, c'est connaître les faits passés.
Or, quel est le témoignage de ma mémoire sur mon existence passée. Il est éxîdent. J'étais hier et je suis aujourd'hui la même personne. Je me connais par la conscience dans le présent, je me reconnais dans le passé .
L'évidence de ce témoignage est fortifiée, loin d'être diminuée, par les modifications accessoires qui sont survenues dans mon être. J'étais enfant, je suis homme, j'étais ignorant, je suis ins-