LIVRE in. - CHAPITRE II. S
tniit, j'étais malade , je suis bien portant, et cependant je suis le même.
Si je me sens le même malgré ces différences, c'est parce que cette identité est évidente elle-même, et qu'elle est évidente malgré le témoignage contraire que forment les dissemblances entre mon état et mes impressions actuelles et mon état et mes impressions d'autrefois. Si je me reconnais, ce n'est pas parce que je possède les mêmes sensations, les mêmes idées, le même caractère ; c'est parce que je suis le même, d'une autre manière, d'une manière plus intime, parce que je suis le même individu réel et concret.
Il y a donc perception, observation d'autre cbose que de mes sensations. Il y a perception à la fois de la permanence du fond de l'être et de la succession des modes et des phénomènes, il y a perception de l'identité concrète et de la diversité abstraite. Il y a perception de la substance; car c'est précisément cette permanence unie à la succession, cette identité unie à la diversité, qui sont les caractères de la substance.
Une autre confirmation de ce témoignage résulte précisément des interruptions des sentiments de notre personnalité.
Quand je me réveille le matin, je me reconnais pour la même personne qui était la veille, et cependant la chaîne de mes sensations (si elle a été continue en elle-même, ce qui est probable) a échappé à ma mémoire. Je ne puis pas remonter de sensation en sensation jusqu'à mon existence de la veille, et cependant je me sens le même. Comment? je l'ignore; mais cela est évident, de ré\idence éclatante d'un fait. Ce n'est pas la perception de la continuité de mes sensations, c'est l'évidence directe de mon identité concrète qui me révèle que je suis le même.
Ici, je conviens qu'il y a une espèce de raisonnement pour établir le fait de mon existence dans l'intervalle de mes deux perceptions. Je raisonne ainsi. J'étais hier, je suis aujourd'hui; je suis le même, donc j'ai existé dans l'intervalle. Si j'avais cessé d'ans*ter, je ne serais pas le même.
C'est par raisomiement que je sais que j'ai existé dans le moment où je donnais, dans le temps où j'avais perdu connaissance, ou pendant la période de ma vie que j'ai oubliée.
î*2i LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.
Mais c'est par une observation directe que je sais que j'existe aujourd'hui, que j'ai existé à tel moment dont je me souviens, que je suis le même individu qui ai fait tel acte.
Or, chose remarquable, cette nécessité d'un raisonnement, très immédiat, il est vrai, mais réel, pour combler les lacunes de la mémoire, est précisément la preuve du caractère expérimental de la perception de notre identité et du fait que notre substance elle-même tombe sous la conscience et sous la mémoire. Si, en effet, notre perception atteignait seulement les sensations, ce serait la continuité des sensations qui serait pour nous la preuve de l'identité de la personne. Cette chaîne devrait alors être continue, et notre personnalité apparente, fondée sur Ifi mémoire de la série entière de nos phénomènes, dépendrait directement de cette continuité. Toute rupture de la chaîne entraînerait la rupture de la personnalité elle-même. Une sensation oubliée, disparue, une sensation que nous avons éprouvée en rêve et que le réveil a fait évanouir, ne saurait être le lien entre notre passé et noire avenir.
Or, au contraire, la conscience de notre personnalité se maintient d'une manière évidente malgré les lacunes ; donc elle est le résultat, non de ce que nous nous sommes constamment sentis vivre, mais de ce que nous nous reconnaissons nous-mêmes en comparant notre présent à notre passé.
Donc, si nous interrogeons de bonne foi notre conscience, nous trouvons que l'objet direct de notre expérience, c'est le moi sentant et pensant, perpétuellement présent à lui-même, et dont les sensations, les volitions et les pensées ne sont que des modifications passagères. Nous reconnaissons que cette expérience interne nous manifeste une véritable Mbstance, un être individuel, réel, permanent et successif, identique à lui-même et divers dans ses modes.
Ce témoignage direct est confirmé par un autre dont le poids, ifpljfeux du bon sens, est immense. C'est à notre identité, c'est à netre existence à titre de personne durable et subsistante, qu'eÉt attachée notre responsabilité. Ce passé qui esl iiAtre, nous reconnaissons que nous en portons justement les conséquences, et cela parce qu'il est nôtre, parce que nous qui vivons aujourd'hoivnous