LIVRE III. - CHAPITRE II. SS
contrôler ses théories philosophiques. Ce serait comme si le physiologiste se refusait à tenir compte des observations cliniques et de la médecine pratique.
n n'est donc pas permis de rejeter notre induction tirée de la responsabilité et la confirmation absolue qu'elle donne au témoignage direct de la conscience concernant notre identité personnelle.
Il est facile de voir que le témoignage de la conscience atteste aussi la simplicité du sujet des sensations. Le moi a des affections diverses, mais elles lui appartiennent toutes, il en est le centre indivisible.
Une fraction du moi, une moitié, un tiers du moi ne se conçoivent pas; ce sont des notions contradictoires. On conçoit le partage physique du corps humain ; mais on ne conçoit pas la possibilité d'un partage du moi, nonobstant la très grande intimité et Tunion étroite qui existe entre l'organisme et les sensations et par conséquent entre l'organisme qui peut être divisé et leur sujet indivisible.
L'idée de responsabilité peut aussi être appelée en preuve de l'indivisibilité du moi. Nous n'avons en effet aucun scrupule à faire payer à la tête le crime commis par le bras. Jamais nous ne pensons à diviser le moi en parties pour leur faire porter séparément une part de la peine ou leur accorder une part de la récompense.
Ainsi un être indivisible, permanent, identique à lui-même, bien que subissant simultanément pu successivement des phénomènes très divers, et accomplissant des actes très variés, un être qui se retrouve et se reconnaît lui-même, malgré les lacunes de sa mémoire, un être indivisible malgré la multiplicité de ses organes, un être qui répond de tous ses actes dans le passé, tel est l'objet sur lequel est fixé le regard intérieur de Mtre conscience, tel est le sujet permanent dont les sensations, les pensées, les volitions ne sont que des faces mobiles et successives. Cet objet, c'est donc une personne, c'est une substance directement connue par l'observation.
Tel est le témoignage direct de l'observation interne. Démon-
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i^*esi-ce qu'une sensation ? Quel est le sens de ce mot ?
Sensation est un terme abstrait, c'est un substantif qui ne désigne pas quelque chose de réel ni d^individuel. Pour en trouver le sens, il faut revenir à la réalité particulière et chercher ce que signifie non pas la sensation en général, mais telle sensation en particulier, de même que pour savoir ce que signifie le terme chien^ je me représente un chien particulier que j*ai vu.
Or, ces sensations particulières peuvent être partagées en trois catégories : il 7 a les miennes^ celles qjie j*éprouve ; il y a celles des antres hommes; il y a celles des animaux ou êtres sensibles inférieurs.
Les sensations sont aussi d'^espèces différentes. J'en choisis une^ malheureasement la plus conmiune de toutes, la souffrance.
La soufi&ance, c'est le terme abstrait et général qui comprend à la fois mes propres souffrances, les souffrances des antres hommes^ les souffirances des animaux.
Maintenant qu'est-ce que la souffrance d'une autre personne qoe moi ? Pour le savoir je remonte à la source, et je me demande comment je connais cette souffrance. Evideomient je ne l'éprouve pas^ je ne la sens pas. Si la sympathie fait que jV participe^ c'est une autre souffrance à moi personnelle que j'éprouve^ ce n'est pas la souffrance même d'autrui.
Je ne connais la souffrance d'autrui que de trois manière. En premier lieu par les paroles de la personne souffrante qui me dit qu'elle sottffre. Mais je ne puis comprendre ses paroles qu'en sachant d^à ce que veut dire le mot souffrir. En second Uao, je prends connaissance de la souffrance d'autrui par les signes de cette souffrance : les cris^ les gestes^ la crispation des [ais ce n'est pas la souffrance que je vois^ ce n'est que le