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LIVRE III. - CHAPITRE II. Î

signe de la souffrance. Pour interpréter ce signe, il faut déjà que je connaisse la souffrance. En troisième lieu, je connais la souffrance d'autrui par la souffrance que la sympathie produit en moi, c'est-à-dire par ma propre souffrance.

Donc, en général, c'est de ma propre souffrance que je tire ridée de souffrance.

Une souffrance, en général, c'est donc quelque chose qui ressemble à ma souffrance, à la souffrance que j'ai éprouvée.

Voilà le vrai sens du terme.

Or, ma souffrance, qu'est-ce donc ?

Ma souffrance, c'est le fait que je souffre, fait dans lequel est contenue ma personne, fait qui se traduit d'une manière équivalente par moi souffrant. Une souffrance, c'est donc quelque chose de semblable à mot souffrant.

Ce que nous disons de la souffrance , nous pouvons le dire de toute sensation.

Une sensation, c'est quelque chose de semblable à moi sentant.

Voilà le vrai sens du mot. Voilà la signification originelle.

Dès lors, que signifient ces mots, une sensation sans sujet sentant, une sensation isolée ?

Us ne signifient absolument rien. Ils sont contradictoires dans les termes. Une sensation sans sujet sentant, c'est une chimère, c'est un être de raison, c'est une création de notre imagination.

Une vraie sensation, une sensation réelle, une sensation qui est un fait, c'est la sensation d'un sujet sentant, c'est l'équivalent, Tanalogue du moi sentant.

Faisoiis ici une réserve à l'égard des sensations des animaux. Ces sensations ont évidemment un sujet : une sensation sans sujet est une absurdité. Mais ont-elles un sujet simple, identique, permanent, en un mot absolument semblable au moi humain ? L'analogie le fait supposer, mais l'analogie senlcii et noû l'expéxience. •

Nous n'avons jamais éprouvé une sensation d'animal ; et , aucun animal n'a pu nous expliquer philosophiquement ce qu'il sentait. Il pourrait donc y avoir entre le sujet sentant animal et

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le sujet sentant liumain, de grandes différences de nature. Il est possible que les animaux inférieurs aient dans le même corps plusieurs sujets sentants.

Hais à regard des sensations humaines, nous sommes pleinement renseignés. Ces sensations sont semblables entre elles et par conséquent semblables à nos propres sensations, type expérimental auquel nous devons les rapporter.

Dès lors nous pouvons affirmer que toute sensation humaine appartient à un sujet identique, permanent, personnel ; quelle n'est distincte que par abstraction d'un moi sentant.

Dès lors ces mots : sensation humaine, équivalent à ceux-ci : personne humaine sentante. Ce ne sont que deux faces, deux expressions d'un m£al6 &it.

Donc supposer une sensation humaine sans personne humaine, supposer des sensations humaines antérieures à la personne et la constituant par leur agrégation ou leur succession, c*est prononcer des paroles vides de sens, c'est prendre un mot pour une chose.

Ce que nous disons des sensationSi:i9ous pouvons le dire des volitions, des désirs, des pensées de l'homme. En tant que faiis réels et expérimentaux, elles sont toujours réductibles à Texpression équivalente^ un moi humain voulant, un moi humain désirant, un moi humain pensant. H est également absurde de les concevoir réellement isolées de leur sujet.

Cette démonstration nous semble concluante. Insistons cependant sur ce point si important, et examinons cette fois, non plus le terme de sensation, mais le jugement qui exp^me 1^ sensation.

n est facile de ramener tous les jugements qui repftsentent ^ une sensation expérimentale à la forme primitive.

Je sens, ou je suis sentant.

Je souffire, ou je suis souffrant.

Les jugements généraux : cette souffrance est cruelle ; cette sensation est pénible, se ramènent aisément aux jugements par» ticuliers.

Ma souffrance est cruelle, La sensation de telle personne est pénible.

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