‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 127 sur 320 · LIVRE ni. — CHAPITRE H. f · texte numérisé non relu

LIVRE ni. — CHAPITRE H. f

Ces jugements particuliers, par ane simple transformation grammaticaloi avec éqiiif alence de sens, deviennent : *

Je souffre cruellement.

Telle personne éprouve une sensation pénible.

La sensation d'aulrui, qui n'est connue que par un signe ou par sympathie^ se ramène aisément à ma propre sensation.

Je puis encore traduire :

Telle personne éprouve la même chose que j'éprouve moimême, quand je puis dire : j'éprouve une sensation pénible.

C'est donc à la forme primitive « je sens » que. se ramène tout jugement expérimental sur la sensation.

Or, cette forme indique dairement rorigine du jugement. C'est, comme nous Favons montré, le moi sentant qui a été perçu, puis décomposé par l'abstraction, puis recomposé par le jugement.

C'est donc encore le moi senimU qui a été Tobjet direct de rex|érience exprimée par ce jugement.

Ainsi, de quelque côté qu'on se tourne, on arrive toujours au même résultat. Le moi humain est le premier objet de l'expé- . rience interne. C'est le moi qui se manifeste à lui-même dans * ,ses propres phénomènes et ses propres actes. Toute notion rela- ^ve à on fait interne, qui ne comprend pas l'idée du moi, est une idée abstraite, dérivée, factice, qui ne représente pas un fait. Tottle notion qui comprend le moi, n'est autre chose qu'une des « faces, un des points de vue de ce moi lui-même.

Nier la personne humaine, lui retirer ses attributs propres, sa simplicité et son identité, la supposer postérieure en nature à ses phénomènes, raisonner sur des phénomènes internes en les considérant comme réellement séparés du aoi, c'est donc abandonner l'expérience, contredire les faits, et substituer à l'observation de la réalité une vaine et chimérique spéculation.^

232 LE POSITTVISME ET LA SCIENCE EXPÉRUIENTALE.

opposés : ils n'ont de commun ni leur point de départ ni leur terme ; ils semblent placés aux deux pôles de la philosophie.

Chose étrange cependant! ces deux systèmes^ si opposés en principe, ont en pratique la plus singulière affinité. Le sensualisme, dès qu'il s'oublie, dès qu'il cesse d'affirmer ses principes négatifs, retombe dans le matérialisme. Le matérialisme, dès qu'il raisonne, dès qu'il philosophe, passe au sensualisme.

Cette affinité ne pro\îent pas seulement de ce que ces deux systèmes sont opposés au spiritualisme. Elle provient de ce que tous deux sont insuffisants et contradictoires , et ne peuvent subsister à l'état de doctrine stable. Le scnsualiste, après avoir tout réduit aux sensations, est obligé forcément de chercher un sujet à ces sensations. S'il cherche ce sujet au dedans, il reconstruit l'âme, et devient idéaliste, à la manière de Berkeley, voyant dans les corps une simple apparence , et dans les âmes la seule réalité. S'il se refuse à admettre un principe vraiment spirituel, la sensation détachée de son sujet s'écoule sur son objet ; elle passe au dehors, et redevient une sorte de matière.

Le matérialisme, d'autre part, ne peut supprimer l'âme qu*à la condition de supprimer l'actiNÎté du moi. Il est conduit à faire rentrer la connaissance dans la sensation pure, et la volonté dans la passion ou l'émotion sensible. Mais la sensation pure, dès qu'elle n'est plus une connaissance , redevient purement subjective. Dès lors, tout motif de croire à l'existence des corps extérieurs disparait. Cette existence est mise en question. Le corps humain n'a pas plus le droit que les corps extérieurs à être admis à titre de réalité connue , il se résout en sensations. Le système nerveux et le cerveau lui-même, objet de perception aussi, perdent en même temps le droit à l'existence, et ne sont plus que des causes inconnues de sensations.

Ainsi le matérialisme, dès qu'il veut suivre la logique, détruit par le raisonnement cette matière , qui était le seul objet de sa croyance ; et, semblable à un serpent qui , en mordant sa queue , finirait par se dévorer tout entier, s'anéantit lui-même et se transforme en sensualisme, c'est-à-dire qu'il de\îent précisément son propre contraire.

C'est à ces affinités étranges des deux systèmes opposés que

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