‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 129 sur 320 · LIVRE III. - CHAPITRE III. t · texte numérisé non relu

LIVRE III. - CHAPITRE III. t

Les corps sont les causes nécessairement inconnues de nos sensations.

L'esprit est le récipitnt, ou le sujet percevant, nécessairement inconnu, des mêmes sensations.

Les sensations, les émotions, les pensées, les actes de volonté, ce qu'il appelle en général les états de conscience j et les relations de ces états, sont le seul objet de la science humaine.

Comment établit-il ce système? Précisément, en tombant dans nUusion que nous avons signalée, précisément en confondant l'abstrait avec le concret, en négligeant le premier fait de conscience, et en ne saisissant la connaissance humaine qu'à son second état, celui où elle est déjà traduite dans le langage.

En parcourant le début du système de logique de M. MiU, nous trouverons précisément que sa pensée a suivi le chemin et passé par les étapes que nous avons signalés.

Il comimence en effet par l'analyse du langage ; il le dit ouvertement. C'est par les noms qu'il veut arriver aux choses.

(( Une énumération et classification des choses qui n'aurait pas « pour base leurs noms, ne comprendrait que les particularités (c reconnues par un investigateur isolé, et il resterait toujours à « vérifier par un examen ultérieur des noms, si Ténumération « n'a rien omis de ce qu'elle devait contenir. Au contraire, en (( commençant par les noms et en s'en servant comme d'un fil « conducteur, on a aussitôt devant soi toutes les distinctions (( remarquées, non par un observateur isolé, mais par tous les « observateurs ensemble. Sans doute, on pourra s'apercevoir, et « cela ne peut, je crois, manquer d'arriver, qu'on a multiplié « sans nécessité les variétés et imaginé bien des différences entre « les choses qui ne sont que des différences de noms. Mais nous « ne sommes pas autorisés à supposer cela par anticipation. Nous (( devons commencer par accepter les distinctions consacrées par <( le langage ordinaire. Si quelques-unes paraissent n'être pas « fondamentales, l'énumération des diverses espèces de réalité « pourra être réduite d'autant. Mais imposer tout d'abord aux « faits le joug d'une théorie, et renvoyer à une discussion ulté- (c rieure, les fondements même de cetta théorie, c'est une marche

« qu'un logicien ne sautait raisonnablement adopter*. » Rien de plus raisonnable en apparence, rien de plus impartial. Et cependaiUy.M. Mill est déjà engagé ici dans' ime voie dangereuse. H y a une circonstance qu'il n'a pas prévue. Il s'attend à trouver dans les mots plus de distinctions que dans les choses, et à être obligé de réduire son énumération. Il ne prévoit pas qu'il y a dans les choses des distinctions que les noms ne signalent que d'ipe •manière délicate, perceptible seulement .pour celui qui connaît les choses elles-mêmes. Il ne soi%e pas que l'étude des mots peut être utile, mais à la condition d'être contrôlée pat l'étude de leur sens, c'est-à-dire p^ l'expérience psychologique individuelle. Aussi va-t-il précisément tomber daug le tort qu'il

veut éviter et imposer aux faits le joug d'une théorie.

Un peu plus loin, nous allons le voir commencer à prendre le change.

En procédant à la division des noms en abstraits et concrets, il dé&nit un nom concret le nom d'une chose^ et npm abstrait le nom de l* attribut de cette chose. ^ ^

La définition est équivoque, car le mot chose est très vague. Il peut vouloir dire une réalité concrète, une substance, un individu réel. Il peut vouloir dire tout sujet logique do&t on peut affirmer quelque chose.

Or, les abstractions peuvent très bien devenir des sujets. Quand je dis : La blancheur de ce papier est éclatante, la blancheur de ce papier est la chose, éclatant est l'attribut de la chose.

Quand je dis : ce papier est blanc, blanc est l'attribut.

Par sa définition, M. Mill se trouve déjà engagé dans la confusion entre le ooneret et l'abstrait ; déjà il ne serre plus de près la réalité.

Voyons maintenant les conséquences de cette première erreur.

Des noms, M. Stuart Mill passe aux choses nommables, et fl établit aussitôt quatre classes : les sentiments ou états àb êcmscience, les substances, les attributs ou qualités, les relations.

Les sentiments ou états de conscience sont les sensations, pensées, volitions, en un mot tous les phénomènes internes.

* Système de Logique f tome 1% page 24.

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