LIVRE m. — CHAPITRE V
respond à chacun de ces phénomènes internes. Dès lors, pourquoi chercher autre chose? Le mouvement du cerveau et le phénomène, c'eet la même chose ; le cerveau, sujet du mouvement, est donc le sujet de la sensation et de la pensée.
Il y a dans cette argumentation deux choses à distinguer : le iaît de la localisation des facultés, et la conséquence tirée de ce fait.
Le fait de la localisation des facultés est-il prouvé d'une manière générale ? C'est une question qui est exclusivement du domaine de la physiologie ; nous sommes incompétents pour la résoudre.
Nous nous permettrons cependant de faire, sous toutes réserves, et étant prêts à nous rétracter devant le témoignage de vrais savants, deux observations.
En premier lieu, ce qu'il s'agit de prouver, c'est la localisation des facultés intellectuelles, de la pensée, de la volonté, de raffection.
La localisation dans le cerveau des facultés perceptives des sens extérieurs ne fait rien à la question. Ces sens, en effet, sont eux-mêmes déjà localisés dans des organes spéciaux.
Nous ne voyons que par les yeux, nous n'entendons que par les oreilles.
Or, qu'il y ait dans la masse cérébrale une portion spéciale où aboutisse chacun des faisceaux nerveux provenant de ces organes ; qu'il y ait un œil ou une oreille intérieure, pour ainsi dire, cela n'a rien de nouveau, rien de singulier, rien qui ne soit parfaitement probable. Que l'on puisse empêcher un chien de voir en lui enlevant une certaine portion de sou cerveau, cela n'est pas plus étonnant que le fait déjà connu qu'on peut le priver de la vue en lui enlevant l'œil ou en lui coupant le nerf optique. Que les facultés du moi par lesquelles il est en rapport avec les diverses parties du corps aient chacune leur région correspondante dans l'encéphale, cela veut seulement dire que la division connue des filets nerveux persévère lorsqua l'on remonte le long de ces filets jusque dans la partie centrale, te qui n'a rien d'étonnant, ni dont on puisse tirer une conclusion quelconque. Ce qu'il faudrait prouver,
"W "- tB POSITIVISME ET LA SCIEVCE EXfÉRI«E.VT*LE.
c'est qae les facultés iotoJiectuelles, k pensée, la voloDtA, rinu- ' ginstioD, le langage, ont leurs sièges spéciaux.
Nous rcmarquerotis en second lieu que, cos focoltés numqnaot dans lesanimauXf ou toutau moins les animaux nepou\~aiilnoos communiquer cette partie morale de leur nature, si tant est qu'elle existe, les Wx-isections ne peuvent gu^re être utilement employées pour une telle étude. On en est réduit aux observations anatomiques. c'osl-à-dire qu'après avoir observé chez l'individu vivant certaines irrégularités inl«llectualles, o» cherche à eu retrooTer^ la trace dans des lésions cérébrales. Or. il est &cile de \i»T ^M m ce genre d'étude ED^rimentala est foitlong, et sujet à de grande ,1 ' iacertitudes.
La localisation des acuités intellectuelles est donc très difiîoOt I à prouver. Mais fùt~ellc pleinement prouvée, ce fait ne nous gênerait nullement et n'aurait aucune valeur pour ébranler le témoi- * ' ^age de la conscience au sujet de l'unité de la personne humaine.
Ce fait, en efTet, ne diiî^re guère d'un autre fait de localisation parfaitement connu, et qui ne gène lui-même nollemenl le sjùri- %iaUsnie, à savoir la localisation générnlo de l'intelligence dans ' le cerveau tout entier.
Il est évident, et il a toujours été évident, qu'il y a une relation
intime entro rintelligence et le cerveau ; que l'état sain cl normal
Udn cerveau est nécessaire pour que les actes intellectuels se
passent eux-mêmes régulièrement ; que les lésions du cerveau
peuvent produire des troubles intellectuels; qu'une congestion
I cérébrale produit l'idiotisme ou la folie.
Ce ËiiL étant évident et admis m^me par les ^iritualistes, on ne voit pas ce que la localisation partielle des facultés intellec- I tuelles dans certaines réjjions du cerveau, si elle est réelle, pourrait y ajouter. L'explication de ces localisations partielles n'est pas autre, ni plus difficile que colle de la localisation générale de l'intelligence. Tout l'appareil technique, toute la démonstration anatomiquc, vraie ou fausse, n'apporte donc aucun argument véritable et concluant ; ello n'a pour elTet que d'éblouir l'esprit.
Quel est maintenant le véritable sens de cette localisation de l'intelligence? Quelle est la signification vraie *de ces mots : Le
lMie irr. - tniAPiTRE v, ms
cerveau est l'organe de la pensée ? Ils signifient simplement : Le F cerveau à l'i^tat sain est la condition de raccomplissemeut dos I pliénomfeiics intellectuels.
I L'expérience nous apprend qu'il y a une coiocidcnce entre la
H régularité des phénomènes intellectuels, régularité perçue par la
P%conscienco, et l'état sain du cerveau, connu par la physiologie.
Nous savons que ces &iits sont liés eulie eux, que l'un est la con-
diliuu de l'autre. Voilà tout.
Quant à conclure que le cerveau est le sujet de la pensée, c'est
!nne hypothèse arbitraire, que rien ne justilie dans l'expérience «xterne, qui ne conoatt pas la pensée ; et que l'expérience interne, qui nous révèle le sujet pensant simple et idenLîque, contredit ^adirectement, puisque le cerveau n'est ni simple ni identique. , La pensée, selon l'expérieuce interne directe, appartient à un Sujet simple et identique, le moi pensant.
La pensée, selon l'expérience totale, résultat combiné du témoignage des sens et de celui de la conscience, est soumise à une t condition multiple et organiquement renouvelable, à savoir : le I cerveau à l'état de santé.
I La comparaison de ces deux résiUtals nous permet de conclura I que le sujet pensant et le cerveau sont deux objets dilTérents.
Rien, rien au monde, ni dans l'une ni dans l'autre expérience, ne nous dit qu'ils soient identiques.
J'entends le sou d'une cloche, et, en même temps, je V(ùs oa homme qui tire une corde. Mon ouïe m'atteste un foït, ma vue m'atteste l'autre. Donc les deux faits sout liés. Mais irai-je dire pour cela que le sou est la même chose que l'homme, ou la même chose que la corde, ou même que le mouvement? Evidemment non : le son, en taul que phénomène auditif, ne m'est connu que par l'oreille. La vue ne m'apprend rien sur sa nature, elle ne me montre que les conditions do sa production.
De même, la perception interne seule me tait connaître la nature de la pensée, et par conséquent son sujet. La physiologie, appuyée sur l'expérience externe, ne peut (n'apprendre que la condition de la pensée.
Faut-il indiquer une seconde objection matérialiste, plus faible encore et j'ose dii'c phis absurde ?
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f A Laeaaariliaaira, oada EBoinâtecas le plus apparent et le {tins
C ohuairabte. mt eefan oà les nerfs seosilib prodinseal | I 4ant aoo* avons roascuiue. «t où. à la suite de K ienaalion et de ^ers ades mterfles. Dons nom décûloas à r eo« membres.
î, js Toû devaat moi on Fmit appétissant. Les seosatioas M et 4a Todorat se développent : eDes produisent ta pero, c «rt-à-dîn: La coaDaissance de ce Emit. Pins je délibère, ide M je puis le prendre poor le mançer : je me deaadefi ce fruit m'appartient, s'il m'est permis de m'en empa- i| t; je me Aemaotle « cela me sera atile: al re fruit n'est pas v^ léneux. A l'occasion de ces diverses réQexîoDs. plusieurs associaions d'idées >e fonnefit en moi. M)i mémoire me rappelle des cas semblaMes k celui où je me trouve. Enfin, je me résous, mes doutes sont levés, et j'ordwine à ma main de prendre ce &ait. Aussit&t part de mon cerveau une innervation qui parcourt les nerfs motears. a-t dont la conséquence est le mouvement de la MÏll qui saisi! le; fniil.
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Tel est le circuit qui correspond au mouvemeot délibéré et conscieiil. Il se compose de trois parties :
1* Un circuit physiologique, qui part de la présence du corps, traverse la rétine et les organes de l'odorat , remonte le long des nerfs sensîtifs, arrive au cerveau, et produit la sensatiou.
2° Un circuit psychologique, qui commence par k sensation et ftc compose do la perception, de la délibération et de tous les actes qui l'accompagnent, et se termine par la résoluLioa et l'effort pour mouvoir le bras.
' 3* Un second circuit physiologique, qui, partant du cerveau, parcourt les nerfs moteurs, et aboutit au mouvement de la main. Or, il est un grand nombre de cas dans lesquels la communication de la sensation au mouvement est beaucoup plus rapide, et ne comporte ni hésitation ni délibération. Dans ce cas, le circuit psychologique est Irfes court, et s'accomplit d'une manière fatale. Tel est le cas d'un homme qui mot la main sur un corps brûlant. La sensation se produit, et, aussitôt, d'une manière instinctive , le bras se relève , et si la douleur est plus vive , les traits se crispent, ellhomme pousse un cri.
A la rigueur, la volonté pourrait arriHer ces effets, mais elle n'est pas nécessaire pour les produire ; ils naissent spontanément. Quelquefois même îl arrive que Tefrot moteur se produit sans que nous ayons eu une conscience distincte de la sensation. Tel est le cas de l'homme qui abaisse ses paupières et tend les mains en avantpour se protéger la tète, lorsqu'un corps tombant semble le menacer.
Ces phénomènes , dans lesquels l'action des nerfs sensilifs se transmet aux nerfs moteurs de cette manière naturelle, spontanée et plus ou moins inconsciente, se nomment phénomènes réflexes, parce que l'innervation, qui est remontée le long des nerfs sensîtifs , semble se réfléchir en atteignant les centres nerveux, pour reprendre sa marche en sens inverse le long des nerfs moteurs.
Enfin, il est question en physiologie de phénomènes direclemeul et absolument réflexes , c'est-à-dire dans lesquels il n'interviendrait absolument aucune sensation et aucun acte, même instinctif, de volonté, l'action physique de l'innervation se trans-
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