‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 140 sur 320 · LIVRE III. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE V

qui s*y manifeste (nous traiterons cette question ailleurs), il est évident que les motifs qui nous conduisent à prendre une résolution sont des sensations, des souvenirs, des pensées, et nullement des effets directs d'une innervation provoquée par une action matérielle sur les nerfs. L'association des idées, rinfluenoe des motifs sur la volonté sont des lois d'un tout autre ordre que la réaction presque matérielle produite par une douleur physique ou un danger imminent qui frappe les sens.

Or, c'est dans ces phénomènes de conscience, dans ces phénomènes de l'ordre psychologique, que le moi, sujet des sensations et auteur des actes , se manifeste clairement. S'il disparait dans les phénomènes réflexes, il parait clairement dans les autres.

Que font donc ceux qui se laissent ainsi ébranler par une objection aussi futile? Ils oublient entièrement une classe de phénomènes, lapins importante et la plus apparente. Préoccupés exclusivement de l'expérience externe , ils oublient entièrement l'expérience interne et ses résultats. Ils sont semblables à des hommes qui ont perdu un sons , à des sourds qui ne perçoivent que les couleurs^ à des aveugles qui ne perçoivent que les sons.

C*est ce même oubli d'une moitié tout entière de Texpérience qui est cause d'une troisième objection des matérialistes , dirigée cette fois non contre le fait de conscience, mais contre l'existence d'une âme, d'un être immatériel. Un tel être, disent-ils, ne saurait être admis , puisqu'il est invisible et ne tombe pas sous les sens. Objection misérable et antiscientifique d'une manière générale , puisqu*il y a un grand nombre d'objets imperceptibles aux sens , quand ce ne seraient que les lois et les forces ; mais objection tout à fait inepte, quand il s'agit de l'âme. L'âme n'est point, en eiïet, comme les lois, comme la cause suprême, comme les agents naturels invisibles , un simple résultat de l'induction, une chose connue indirectement par ses efl^ets. L'âme , le sujet des phénomènes internes, est une réalité connue par l'expérience ; seulement cette expérience est celle du dedans et non celle du dehors. Quand nous voulons nous représenter ce que c'est que l'âme, tournons-nous par la pensée vers le dedans de nousmêmes, et disons-nous : L'âme , c'est moi , c*est ce que je sens en moi , quand je réfléchis sur moi-même. Si elle est impercep-

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tible aux sens extérieurs , c'est qu'elle est l'objet propre d'une autre faculté : la conscience ; son invisibilité n'a rien de plus étrange que l'inaudibilité d'une couleur ou l'invisibilité d'un son.

On le voit donc, les objections du matérialisme, malgré son appareil scieulifique, sont nulles et sans valeur. Elles sont appuyées sur des inductions fausses, sur des hypothèses graLtuites, et surtout sur l'oubli complet de l'expérience interne. Or, oublier, quand on raisonne sur un sujet, une moitié des faits qui en font partie, c'est violer les règles les plus élémentaires de la méthode scientifique. Oublier, dans une série d'observations, la moitié des faits, c'est mal expérimenter.

Sans doute, s'il ne s'agissait que d'anatomie pure ou de faits physiologiques sans rapports avec la pensée, il n'y aurait aucune erreur à ne pas s'occuper des faits constatés par la conscience. Mais du moment que l'on entre sur le terrain philosophique ou sur le terrain anthropologique ; du moment qu'on veut traiter de l'homme tout entier, un tel oubli est impardonnable.

Il y a dans l'homme deux ordres de faits : les faits externes ou physiologiques, les faits internes ou psychologiques. Les uns sont l'objet de l'expérience externe, les autres de l'expérience interne ; chaque faculté a son domaine, c'est leur synthèse seule qui peut être la base de la science véritable de Thomme.

Le cerveau dans son état normal est la condition générale de la régularité des phénomènes internes, de la pensée et de la sensation. Certains états spéciaux du cerveau, produits par des causes qui agissent sur les nerfs, sont la cause déterminante fatale de certaines sensations ; d'autres états du cerveau, produits par la volonté, sont la cause des mouvements du corps. D'autres phénomènes internes sont déterminés par des causes internes ellesmêmes, et sont les antécédents d'autres phénomènes internes,

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