‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 14 sur 320 · AUTORITÉ PRATIQUE · texte numérisé non relu

AUTORITÉ PRATIQUE

S'il n'y avait dans ce monde que des philosophes, ou bien si les philosophes ne cessaient jamais de faire de la philosophie technique et systématique, la difficulté qui nous a arrêté serait probablement insoluble, et il n'y aurait aucun moyen logique ni même pratique de sortir de la cage d'écureuil dans laquelle tourne constamment la critique des systèmes.

Heureusement, il y a sur la terre, outre les philosophes, des hommes ; heureusement aussi les philosophes sont de temps en temps de simples hommes qui, oubliant pour un instant leur système, et se remettant en présence de la réalité, retrouvent par là même des principes fixes, les principes du bon sens.

Qu'est-ce que le bon sens ? Est-ce, comme le veulent certains philosophes, l'ensemble des opinions et des préjugés du vulgaire, l'opposé de la logique et de la science raisonnée?

Nullement. Le bon sens ou le sens commun, c'est l'ensemble d'idées ou de croyances qui existent d'une manière pratique et réelle, dans l'esprit de tous les hommes, dans Fesprit dn vulgaire, comme dans celui des hommes éclairés et des hommes spéciaux. Le bon sens c'est la philosophie que nous faisons tous sans nous en douter, comme M. Jourdain faisait de la prose.

Le bon sens c*est l'ensemble des expériences les plus vulgaires et les plus simples, de celles que nous faisons à chaque

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iO LE POSTnVBHE ET LA iïCŒNIS:

instant. C'est aussi Icnsenihle des piincqies évidente guL parla spontanéité de notre raison, «e dégagent à tout momenl les faits vulgaires.

Or. le bon sens étant ainsi défini, nous pouvons à son siqet poser trois asservons :

En premier lieu, le bon sens existe. O est un &iL

Eu second lieu, le bon sens est le point de d^iart nécessaire, dans l'ordre pratique, de toute philosoplûe et de toute scienoe.

En troisième lieu, le bon sens est Tinteiprète nécessaire et Ben] autorisé & LmsBçe philosopbigne.

Le bon sens d^abord est un &it. A notre époque, on parle toujours de revenir aux faits, de s'appuyer sur les faits. Or. le premier de tous les faits. c*est Texistence chez tous les hommes de croyances pratiques communes.

Les opinions étranges que nous avons énoncées dans notre précédent cdiapiti^ sont des théories, des systèmes artificiels. Ce ne sont pas de véritables croyanoes de rhnmanité. Ces opinions, ffl tant est qu'eDes puissent être appelées des o|ànions et non de smples formules verbales, de simples assemblages de mots, ne passent pas le seuil des écoles ; elles n'acquièreait aucune réalité vivante.

Posonne ne doute sérieusement, pratiquement, de sa proprff existence^ de sa propre identité et de la re^)onsabilité qui en découle.

Personne ne doute sérieosejnent, pratiquement, de Texislence de retendue et des coips réels, personne ne croit sincèrement et pour tout de bon que les objets matériels ne sont pas des réalités distinctes^, que les distances entre les corps ne sont pas des relations objectives et réelles.

Personne ne met en question pour tout de bon et 4 une manière pratique le principe de causalité ; personne ne croit qu'un zéplûr jettera par terre une pyramide d'Egypte, ou qu'une masse de sable agglomérée se transformera spontauément en un animal vivant.

Personne ne croit réellement et pratiquement à la puissance effective d'une formule abstraite dans Tordre matériel; c'est

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