‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 15 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. — CHAPITRE II

avec de la poudre et des projectiles réels, et non avec des lois et des axiomes qu'on charge les canons.

Personne ne doute de la distinction qui existe entre Tobjectif et le subjectif, entre le système du monde décrit par Laplace et le monde réel avec son vrai soleil et ses vraies étoiles.

Tout homme qui dit d'une proposition : elle est vraie ou elle est fausse, sait de science certaine, malgré toutes les affirmations contraires des philosophes, que la vérité est absolue, que ce qui est faux n'est pas vrai, que ce qui est vrai n'est pas faux. Enfin la doctrine de l'identité du différent, dégagée de ses obscurités germaniques, n'est digne que d'exciter la risée d'un homme sérieux, et le physicien qui voudrait en conclure que le bleu est la même chose que le rouge, ou le géomètre qui en déduirait que la ligne droite et la ligne courbe sont identiques, n'oseraient pas finir leur phrase de peur d'être hués par leur auditoire quel qu'il fût.

Donc le bon sens existe. Il est évident comme le soleil. Les fantômes philosophiques, les phrases techniques à grand effet, disparaissent comme les nuées du matin devant les rayons de la véritable vérité, de la vérité pour tout de bon, de celle qui habite le cerveau et la pensée des hommes vivants, et qui ne perd pas un milligramme de son poids réel et de son autorité Téritable pour être absente des livres des philosophes, et en butte aux impuissantes attaques des sophistes.

En second lieu, le bon sens de l'humanité, Tensemble de ses croyances pratiques dont le contraire est évidemment absurde, est le point de départ pratique nécessaire, la véritable source d'où procèdent toutes les sciences et toute la philosophie.

Quel autre point de départ pourrait-on choisir?

L'observation des faits ? Mais évidemment l'observation des faits délicats, subtUs, ne vient qu'après celle des grands faits évidents à tous les yeux. Avant d^user du microscope ou du télescope, il faut savoir se servir de ses yeux. Avant de peser des molécules imperceptibles, il faut avoir appris à se servir de la balance, en pesant des poids moyens et ordinaires.

Or, ces premières expériences, ces expériences vulgaires, ne sont autre chose que le bon sens lui-même. Les premières

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notions de la physi^e sur les corps et leurs changements, les premières notions de Ik mécanique sur les mouvements et les forces, ne sont que des notions de bon sens. D'ailleurs, pour observer, il faut que Tobservateur lui-même se serve de principes, el où puisera-t-il ses pifaicipes, si ce n*est dans son propre bon sens î :

Yeut-on prendre poar point de départ l'évidenoe mathématique et construire la scienee par le raisonnement pur ? Mais où cherchera-t-on tous les principes premiers, si ce n'est dans le bon sens ? La notion de la ligne droite, qu'est-ce, sinon une notion de bon sens dont découle toute la géométrie ? Les idées de cause, de iubsAnce, de réaUté, de justice, où les trouver, si ce n'est dans oe fonds commun d'idées vulgaires qui sont le résultat de l*|iction de notre intelligence sur les premiers faits observés ?

Il y a, je le sais, des philosophes qui soutiennent que ces axiomes sont TefTet d'une intuition supérieure tout à fait distincte de l'expérience ; ils veulent que nous vo]dons ces vérités en Dieu. Mais ces philosophes ne peuvent obliger personne à admettre leur système sans le démontrer ; et de quels principes se serviront-ils pour le démontrer, sinon des principes mêmes du bon sens ?

D'ailleurs, ces principes et ces axiomes ne peuvent être exprimés que par des paroles. Or, où puiser le sens de ces paroles si ce n'est dans le bon sens ? Gela est absolument nécessaire ; dès f|biW ' s'écarte du bon sens et du contrôle des faits, le% termes métaphysiques deviennent si abstraits et si vides, les principes si subtils, que leur évidence s'affaiblit et qu'on arrive aisément aux résultats les plus contradictoires et aux, formules les plus insensées et les plus inintelligibles.

Ainsi, c'est le bon sens qui est le véritable point de départ de la philosophie comme de la science. Il Test objectivement, en m sens que ce sont les faits et les principes admis par le bon sens qui sont la source des notions ultérieures. Il l'est subjectivement, en ce sens que c'est la raison de l'homme qui a du bon sens, qui seule peut observer exactement el raisonner juste.

Mais le bon Sens joue encore un troisième rôle non moins

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