LIVRE III. — CHAPITRE V
SOUS la seule condition que le cerveau soit dans son état normal.
Voilà tout ce qu'enseigne Texpérimentation physiologique, soit directement soit par la comparaison entre nos sensations et les faits physiques. En allant au delà, en affirmant que le cerveau est le sujet de ces phénomènes, la science expérimentale usurperait ; ou plutôt elle ne serait plus la science, elle ne serait plus qu'une philosophie arbitraire et sans fondement.
D'autre part, l'expérience interne nous affirme que nos sensations, nos pensées, nos actes de volonté sont nôtres, c'est-à-dire appartenant à un sujet un, identique, indivisible, qui est le moi. Elle ne va pas plus loin ; elle ne se prononce pas, en tant que simple expérience, sur les rapports qui existent entre ce sujet et l'organisme visible. Elle affirme le fait de la personnalité, elle n'en explique pas la nature.
Pour aller plus loin de part et d'autre, pour déterminer les rapports de ces deux expériences distinctes, pour faire la synthèse de ce double témoignage, il faut quitter l'observation . pure et avoir recours au raisonnement.
Comment cette parfaite unité perçue à l'intérieur s'accorde-telle avec la multiplicité des organes auxquels elle est si étroitement liée ? Jusqu'à quel degré cet organisme vivant se fondil, se perd-il dans l'unité supérieure du principe qui l'anime ? Ge principe supérieur, cette âme (nous pouvons l'appeler ainsi, les matérialistes nous ayant montré eux-mêmes Timpuissance des organes multiples à supporter les phénomènes que la conscience révèle); cette âme n'a-t-elle pas elle-même, toute indivisible qu*elle est, comme deux parties, l'une supérieure, où se trouvent les idées abstraites, les sentiments moraux, où réside le vrai, le bien et le beau, et l'autre inférieure, qui, communiquant plus étroitement avec les organes ne fait que recevoir d'eux des sensations, et leur communiquer en échange la vie et le mouvement? N'y a-t-il pas parmi les phénomènes internes eux-mêmes , tous révélés par la conscience, deux ordres de faits ; les uns dont la nature, quoique connue par la conscience seule et inaccessible aux sens extérieurs, a toujours quelque chose de physique, tandis que les autres sont purement moraux ?
Telles sont les questions profondes et vastes que résout la science supérieure de rhomme, Tanthropologie.
Cette science repose sur les faits d'expérience , elle doit être une large et intelligente synthèse de tous les faits d'espèce si distincte qui caractérisent la nature humaine. L'anatomie, la physiologie, doivent apporter leurs éléments à cette science, mais la psychologie, Tétude interne de nous-mème doit aussi apporter les siens. Tous les faits, depuis la structure dés os, jusqu'aux élévations les plus sublimes de la pensée, de Famour et de la vertu, tous les actes de Fhomme, conscients ou inconscients, nécessaires, ou libres doivent trouver leur place dans la théorie qui explique à Thomme sa propre nature. Ils doivent s'y trouver à l'aise, chacun à leur place, se reliant s'il se peut les uns aux autres, restant inexpliqués si cela est nécessaire, mais n'étant jamais faussés ni dénaturés.
C'est ainsi que procède la véritable science. Jamais elle ne nie des faits en question, parce qu'ils ne s'accordent pas en apparence avec d'autres faits, ou parce que les théories existantes ne les expliquent pas. Pourquoi certaines solutions de liquides orga-, niques font-elles dévier le plan de polarisation, tandis que les solutions minérales n'ont pas cet effet ? La science l'ignore, mais elle admet les faits tels qu'il sont, laissant à l'avenir à les expUquer. Pourquoi chaque corps simple produit-il des raies particulières dans le spectre lumineux ? La science l'ignore, mais elle observe, elle constate, et elle attend.
De même celui qui veut étudier, l'homme devra covtaler d'une part, avec toute l'exactitude scientifique possible, les conditions extérieures et \îsibles des phénomènes internes, lesétatscérébraux correspondant aux pensées et aux sensations. Hais il devra aussi d*une manière parfaitement indépendante et impartiale, étudier par expérience ces pensées et ces sensations en elles-mêmes en se servant de la seule faculté qui les atteigne, c'est-à-dire de Fejqpérience interne.
S'fl peut ensuite mettre dans un accord harmonieux ces deux parties de la science de Thomme, U doit le faire ; s'il ne le peut pas, U doit attendre qu'un autre soit plus heureux que lui. Mais nier des faits évidents, tel que Tunité et l'identité de