LIVRE III. - CHAPITRE V. t6i
la personno humaine, sous prétexte qu'ils ne rentrent pas dans un système, croire qu'avec des dissections de cadavres, et des vivisections de lapins, on a rassemblé des éléments suffisants pour expliquer d'une manière complète ce qu'est l'homme , sa vie , sa pensée, sa volonté, ses vertus, pour découvrir le secret de sa destinée, lui ouvrir ou lui fermer les portes de l'avenir, ce n'est pas delà science véritable, ce n'est pas de l'observation sérieuse, c'est une impardonnable étourderie, ou un parti pris d'étroit et aveugle fanatisme.
NOTE
SYSTÈMES DIFFÉRENTS SUR LA SYNTHÈSE DU MOI ET DE l'oRGANISME
Il y a, relativement à la synthèse des deux perceptions interne et externe, deux systèmes philosophiques différents, Tun commun à la doctrine cartésienne et au dynamisme Leibnitzien, Fautre propre à la doctrine d'Aristote.
Le premier système a pour idée fondamentale la distinction absolue d'un être ample : Tâme, et d'un être multiple ou divisible : le corps.
Tous les phénomènes de conscience appartiennent à Tâme qui en est l'unique siiget. Tous les phénomènes visibles et tangibles ont pour sujet le corps. Les deux sujets sont mystérieusement unis ensemble, chacun est la cause ou la condition de certains phénomènes de Fautre, mais en tant que substaDGeSy en tant que siigets de phénomènes, ils restent absolument distincts.
Le mode de l'union du corps et de Fâme est, de l'aveu de ces philosophes, on mystère. Néanmoins ils ont essayé trois systèmes de conciliation. Deux d'entre eux, celui de Leibnitz, ïharmonie préétablie, celui de Malebranche, les causes occasionnelles, n'admettent aucune action réelle du corps sur Fâme, ni réciproquement, et ont recours à la cause première pour expliquer Faccord entre le physique et le moral. Le troisième, dit système de l'influx physique, affirme simplement, aans essayer de l'expliquer, cette causalité mutuelle de deux sujets distincts.
Les partisans d'Aristote appliquent à l'union de Fâme et du corps les principes généraux de leur doctrine. Le corps humain est comme tous les corps, formé d'une matière première unie à une forme. Cette forme c'est Fâme intelligente elle-même, de sorte que le composé humain ou l'homme entier n'est réellement qu'un seul sujet, une seule substance à laquelle appartiennent à la fois les phénomènes physiques et moraux. Ce composé vi-
vant est doué d'one véritable unité. Il est tout autre qu'un assemblage de molécules. Il iil capable de sensations, il est actif et susceptible d'acquérir par les sens extÉfieors la connaissance des objets concrets.
Mais Tâme, fdtme du corps humain, diffère des autres formes. Elle est immatérielle et subsistante par elle-même. Elle a comme une région supérieure. Elle possède des phénomènes et produit des actes qui lui sont propres et qui n'appartiennent pas au composé.
Il y a donc dans ce système comme dans le précédent, deux sujets distincts des phénomènes attribuables à Thomme. Seulement la division est placée ailleurs. Dans les systèmes modernes, la division des sujets est placée entre les phénomènes physiques et les phénomènes de conscience. Dans le système scolastique, elle est placée entre les faits moraux les plus élevés, et les faits qui, bien que connus par la conscience, ont cependant un rapport étroit avec les organes. Les premiers appartiennent à Tâme immatérielle, les seconds au composé humain, ou au corps animé par Fâme.
n est facile de voir que, suivant qu'on adopte l'un ou l'autre de c^s systèmes, la démonstration de la spiritualité de l'âme, est différente, et que la question elle-même n'a pas le même sens.
Les sectateurs de Descartes et de Leibnitz s'efforcent de démontrer la distinction absolue entre l'âme et l'organisme, et s'appuient principalement sur l'unité et la simplicité du sujet des phénomènes de conscience.
Les partisans d'Aristote admettent comme une vérité évidente l 'unité organique de l'être humain, et s^efforcent de démontrer que cette unité, différente en cela de celle des autres êtres, ne peut être constituée que par une substance simple et immatérielle. Ils s'appuient pour cela sur deux ordres de phénomèàes qui ne peuvent, selon leurs principes, être attribués qu'à un être immatériel et non à une forme organique. Ce sont la connaissance des idées abstraites et la conscience de soi-même.
Il est facile de voir que tous ces systèmes supposent la vérité que nous avons défendue, à savoir que la conscience nous révèle une véritable substance, et une substance douée d'unité.
Nos deux adversaires, le sensualisme qui n'admet qu'une collection de phénomènes, et le matérialisme qui n'admet qu'une collection de molécules physiques sans unité véritable, sont tout à fait en dehors des discussions entre les divers systèmes spiritualistes. C'est donc à bon droit que, luttant contre les erreurs modernes, nous avons pu laisser de côté les diverses manières de construire une théorie générale de la nature humaine, et nous contenter de montrer qu'on ne saurait nier l'existence réelle ni l'unité du moi humain. C'est la partie élémentaire de la science de l'homme que nous défendons contre des systèmes contraires au bon sens, lesquels, bien loin d'être, comme les diverses formes du spiritualisme, des essais sérieux et la solution du problème de notre nature, ne sont que la négation des principales conditions de ce problème.