‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 147 sur 320 · LIVRE m. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE m. — CHAPITRE VI

sonnes, ( à l'oxception do certains philosophes, ) tous, y compris ces mêmes philosophes, vivant et se comportant comme s'ils étaient des personnes, c'est-à-dire se reconnaissant responsables de leurs actes passés, cet universel et évident témoignage de la conscience humaine de toutes les époques et de toutes les régions du monde, ne saurait être ébranlé le moins du monde par tous les faits exceptionnels et pathologiques qui peuvent être apportés en contradiction, que toutes les formes irrégulières de la pensée humaine, rêve, folie, hypnotisme, hallucination, noctambulisme, hystérie, etc, etc. n'ont aucune autorité pour détruire un fait de primitive et évidente expérience.

Tous ces faits, en effet, ne valent pas, réunis. Tunique témoignage d'un seul homme raisonnable et éveillé, et de plus il no faut pas se faire illusion ; le nombre de ces faits, relativement à rinnombrable quantité des phénomènes de conscience qui se passent d'une manière régulière, est tout à fait minime; il y a heureusement beaucoup moins de fous que de gens usant de leur raison ; il y a moins d'hallucinés que de gens voyant les objets tels qu'ils sont. Il n'y a que le rêve qui puisse être considéré comme un phénomène habituel; mais comme ce phénomène est accompagné de l'état d'impuissance du sommeil, il ne peut être que très indirectement et très difficilement observé ; il porte d'ailleurs dans son incohérence même, le caractère de sa nullité expérimentale.

Nous pouvons donc rejeter à priori et sans examen tous ces prétendus témoignages contraires à la pleine et irrésistible évidence que nous possédons, ou plutôt qui nous possède au sujet de Texistence réelle et substantielle de notre moi.

Nous n'en relèverons qu'un seul, non qu'il ait plus de valeur en lui-même, mais parce que la psychologie spiritualiste moderne elle-même, par une fausse définition de la personnalité, a contribué adonner prise à une objection qui sans cela serait parfaitement nulle.

Nous voulons parler du fait répété dans tous les livres matérialistes, de rhomme à double conscience, c'est-à-dire d'un homme qui aurait eu, au dire de certains médecins, deux états de conscience alternatifs dans chacun desquels il aurait oublié ce qui se

passait dans Tautre, et comme en apparence, deux vies interrompues par des intervalles de sommeil et se succédant tour à tour. Ce fait est-il vrai ? A-t-il été bien observé ? Nous n'avons pas à nous en enquérir; cela est parfaitement inutile, car ce fait, pas plus qu'aucun de ceux dont nous avons indiqué la nature, ne prouve la thèse matérialiste.

En effet, n'oublions pas d'abord, que ce fait, s'il est vrai, serait éminemment tératologique. Il serait infiniment rare. Les exemples qu'on en cite sont au nombre de deux ou trois. Tandis que l'hallucination et la folie sont des faits exceptionels mais qui se rencontrent de temps en temps, dont la justice humaine doit tenir compte dans l'appréciation des actes punissables; ce fait d'une quasi double existence dans le même corps est une exception, même en pathologie; c'est un cas dont on peut admettre la réalité sur le témoignage de certains observateurs, mais qu'on ne peut vérifier par des expériences habituelles.

Or maintenant, que vaut un tel fait contre l'unanime persuasion de tous les hommes qu'ils sont chacun une personne, persuasion fondée sur la connaissance intime et directe qu'ils ont d'euxmêmes, persuasion gravée dans la grammaire de toutes les langues ? Supposant qu'il fallût admettre que cet homme exceptionnel ait possédé réellement deux personnalités, quel singulier raisonnement que d'en conclure que les autres hommes n'ont pas de personnalité ! Changeons la matière et nous verrons apparaître l'absurdité de la conséquence : Tel jour, dans tel pays, il est né un veau à deux têtes, donc tous les veaux qui ont jamais existé sur toute la terre, n'avaient pas de tête ou n'avaient que des tètes apparentes.

Mais nous pouvons aller plus loin et montrer qu'il n*y aurait dans ce fait ( en le supposant constaté ) qu'une simple irrégularité de mémoire et nullement une double personnalité.

Pour cela, il est vrai, il faut renoncer à une définition de la personnalité qui a été admise par certains philosophes, celle qui consiste à identifier la personnalité avec la conscience de soi. Cette définition est évidemment fausse : il en résulterait en effet que l'homme qui dort, l'homme qui s'évanouit, cesse

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