‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 155 sur 320 · LIVRE m. - CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE m. - CHAPITRE Vil

la vérité, les sensations et les images qui se croient une personne .

On peut aussi remarquer qu'il est difficile de concilier la théorie de la connaissance avec Tillusion du moi. En effet, la théorie de la connaissance repose entièrement sur la lutte entre les sensations et les images. Or, on peut se demander où et comment ces sensations et ces images se rencontrent. Ces sensations-mouvements et ces images-mouvements étant localisées chacune dans une région du cerveau, pourquoi ne vivent-elles pas en paix, chacune chez elle ?

Pourquoi chaque élément du cerveau n'aurait-il pas son évolution spéciale d'images et de sensations? Les images d'un miroir brisé ne se gênent et ne se combattent nullement; les branches d'un pol}rpier peuvent être de couleur différente sans que l'une influe sur l'autre. Les mouvements qui sont dans des régions diverses d'un cerveau ne se combattent pas, et ne peuvent se détruire.

Serait-ce dans l'espace extérieur que les images et les sensations se rencontreraient? Mais elles n'y sont pas, elles n'y sont transportées que par hallucination. D'ailleurs , Tespace luimême n'est qu'une autre espèce d'hallucination, c'est une sensation musculaire transportée au dehors.

Si elles se rencontrent pour se combattre et se nier mutuellement, ce ne peut être que dans le moe, dans cette région interne où se passe la connaissance; mais ce moi lui-même est une illusion, cette région n'existe qu'en apparence, de sorte que Tillusion envahit tout, que le théâtre et les acteurs, le champ de bataille et les combattants disparaissent à la fois, et il ne reste que le vide, seule région où puissent se mouvoir de si insaisissables fantômes.

Afin d'expliquer cette lutte des images, l'auteur suppose que la conscience ne saisit que le total d'une grande quantité d'images reproduites dans diverses cellules, que ce sont les images qui se reproduisent dans la majorité des cellules qui sont prédominantes. '

• V Intelligence y \^ partie, livre IV, p. Ztêl^

i»*> LE POSmVISlfE ET LA SCIENCE EXPÊEDIEXTILE.

Celle opinion est, on le comprend, nne pore hypothèse : die n'esl vérifiable d*aocnne manière, vn que les images élémentaires ne sont perceptibles ni par la conscience qoi ne perçoit que les totaux^ ni par la perception extérieure qui ne pourrait voir (en supposant qu*on puisse observer au microscope le cerveau vivant) que le mouvement . signe ou substitut de l'image.

Cependant en accordant à Tauteur celle supposition, fl reste encore une difficulté. Qui donc fait ce calcul, cette addition des images, cette comparaison des plus fortes avec les plus £aibles? C*est la conscience, dites- vous ; mais qu'est-ce donc ? Est-ce un moi réel, conscient? Evidemment non, ce moi n'est qu'une illusion. La conscience est-elle elle-même une sensation ou une image ? Mais alors comment peut-elle percevoir d'autres images, les comparer et les mesurer? Est-ce un simple substitut mental, un signe? Alors c'est un simple mot qui compense, totalise, fait l^addition des images d'une espèce, celle des images d'une autre classe et décide laquelle prévaudra. Nous sommes ici tellement loin de la terre, notre ballon métaphysique est élevé à une si prodigieuse distance au-dessus de tout ce qui ressemble à un fait expérimental, à une idée concevable, à un mot ayant un sens quelconque, qu'il faut absolument ouvrir notre soupape et descendre pour ne pas être saisi de vertige et perdre la respiration.

Redescendons donc sur la terre, et, cessant de chercher à comprendre le système, étudions-en les preuves.

Ne nous occupons plus de ces difficultés internes de la théorie du moi.

Sans doute cette doctrine nous impose la croyance à des mystères plus difficiles à admettre que ceux d aucune religion connue; sans doute elle déroute toutes nos idées et confond notre raison. Mais ce qui est au moins aussi grave, et ce qu'il est aussi très bon de constater, c'est que ce système n'est nullement prouvé.

Nous en avons cherché les preuves et nous ne les avons pas trouvées.

Ce qu'il faudrait prouver en effet, c'est le dogme fondamental du système, c'est-à-dire la négation des substances; la réduction de Tosprit à dos sensations, et du corps à des mouvements. Ce

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