‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 156 sur 320 · LIVRE ni. — aUPlTRE vil. Î · texte numérisé non relu

LIVRE ni. — aUPlTRE vil. Î

qu'il faudrait prouver, c est cette proposition énoncée au commencement du livre dans le sommaire du premier chapitre.

Un nom d'individu est une sensation ou image des yeux ou des oreilles qui évoque en nous un groupe d'images plus ou movis expresses.

Or, cette proposition est affirmée et n'est nullement prouvée. Sans doute il est vrai que tout nom d'individu suscite en nous certaines images, mais il n'est nullement démontré que ce nom ne signifie pas autre chose. Il n'est nullement démontré que ce nom ne signifie pas une substance, un être réel, concret et permanent. Il n'est surtout pas démontré que le nom de l'individu que nous connaissons le mieux , le nom désigné par les mots je ou moi ne représente qu'une collection d'images. Cette expérience primitive, universelle et continuelle, qui nous révèle notre identité, M. Taine l'ignore, il la passe sous silence dès l'origine ; puis, sans preuves, il la contredit.

Sa définition de l'individu est un postulat qui contient tout son système et dont l'illusion du moi n'est que le développement. Ce postulat pose en Tair et sans preuves ; il est d'ailleurs contraire à l'expérience interne et contraire au bon sens.

L'auteur suppose, à l'origine, des images qui sont des signes, et qui cependant ne correspondent pas à des choses signifiées, et ne sont pas perçues par une intelligence. Il suppose des sensations qui ne sont pas les sensations d'un sujet sentant. Or, ces suppositions sont gratuites et contradictoires; car des sensations sans sujet, des images qui ne représentent rien à personne, qu'est-ce, sinon des paroles vides de sens, de véritables marionnettes abstraites, sans vie et sans réalité?

Rien dans ce qui vient ensuite ne supplée au défaut de cette première démonstration du système.

Ni l'analyse psychologique, ni l'anatomie du cerveau, ni la synthèse du physique et du moral, ne prouvent que les sensations sont sans sujet et les mouvements sans mobile. La théorie de la connaissance, fortifiée des nombreux exemples de folie qui viennent à l'appui, prouverait tout au plus qu'une illusion sur le moi est possible. Elle ne prouve nullement que cette illusion soit réelle.

C'est donc gratuitement que M. Taine affirme que le moi est illusion. C'est gratuitement qu'il nous impose cette pénible et étrange construction d'une identité et d'une unité fictives construites avec de simples événements qui s'écoulent, de cet être sentant construit avec ses propres sensations.

La négation des substances est, chez M. Taine, une idée préconçue, un principe à priori^ un véritable dogme. C'est cette première idée qu'il ne démontre pas, qui est le fondement de tout son système ; c'est pour la défendre qu'il dispose toutes ses batteries; c'est à cette idée première qu'il sacrifie toutes les notions évidentes, et toutes les croyances vulgaires ; c'est pour ne pas la contredire qu'il accepte les étranges contradictions de la sensation identique au mouvement, et de la lutte des hallucinations au sein d'un moi imaginaire, c'est pour défendre cette idée première contre les révoltes et les protestations de la raison qu'il évoque et appelle à son secours tous les fous, les hallucinés, et les somnambules de l'ancien et du nouveau monde. Mais tous ces témoignages discordants ne constituent pas une preuve véritable, et la proposition première : c< un individu est un système de faits ou une collection d'images », reste toujours aussi peu démontrée, qu'elle est peu acceptable par la raison.

Mais, quoi? Serait-il donc vrai qu'il n'y a pas de démonstration ni de preuve au moins plausibles et apparentes dans le livre de M. Taine? N'avons-nous pas dit tout à l'heure que ce livre, avec ses accumulations de faits et sa puissance logique, était de nature à troubler et à ébranler le lecteur? Comment concilier notre première opinion, fondée sur la simple lecture du livre, avec celle qui semble résulter de l'analyse que nous avons faite de la doctrine qu'il contient?

Nos deux opinions ne se contredisent pas, et voici comment elles s'accordent :

Ce que M. Taine croit, ce qu'il enseigne formellement, ce qui est sa propre opinion, ce phénoménalisme qui nie toute substance, les corps comme les esprits, le livre ne le prouve nullement. Cette singulière doctiûne reste, avant comme après, une opinion préconçue, et une hypothèse sans preuves.

Mais, ce même livre tend à prouver d'une manière assez plausi-

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