‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 161 sur 320 · LIVRE III. — CHAPITRE VII. Î · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE VII. Î

idées et même les illusions du bon sens; mais quant au passé et quant à l'avenir qui pourrait suivre cette vie, grâce à la philosophie et à la science, me voilà heureusement débarrassé de toute inquiétude.

Telle est, croyons-nous, Timprcssion que le livre do M. Taine aura faite sur beaucoup d'esprits. Maintenant, hâtons-nous de dire que nous ne voulons pas en rendre M. Taine responsable. M. Taine est un philosophe, un métaphysicien, il cherche la science avant tout. Le grossier et honteux matérialisme que je viens de décrire lui est complètement étranger. Ce n'est point ce système qu'il a prétendu enseigner ni démontrer.

L'interprétation de notre lecteur imaginaire, n'est pas la vraie interprétation de M. Taine, ce n'est pas cela qu'il a voulu dire, ce n'est pas cela qu'il a dit. La vraie interprétation de son livre, c'est celle que nous avons donnée plus haut, celle qui consiste en un phénoménalisme abstrait, en un idéalisme difficile à saisir, celle dont les sensations-mouvements, et les images-mouvements sont le fonds. Tant pis pour ceux qui l'interprètent mal ; tant pis pour ceux qui, traduisant des vérités subtiles dans le grossier langage de leur grossière intelligence, sont pervertis par une doctrine qui ne devait que les convertir à la pensée de l'auteur.

Notre but n'est donc ni d'incriminer les intentions de M. Taine, ni même d'accuser directement son système.

Nous nous contentons de constater un fait évident, c'est que ce livre est de nature à exercer sur beaucoup de lecteurs une influence puissante dans le sens du matérialisme absolu.

Mais nous pouvons aller plus loin et chercher la cause de cette influence. Nous verrons que notre lecteur n'avait pas tellement tort qu'on pourrait le croire.

Chose singulière, en efTet, cette doctrine qui, entendue dans son vrai sens, dans le sens de l'auteur, dans le sens idéaliste, nous a paru faiblement prouvée, qui reposait sur une manifeste pétition de principe, change complètement d'aspect quand, par la transposition que nous venons d'esquisser, elle est transformée en un système purement matérialiste. Elle apparaît tout à coup comme un système fortement lié et appuyé sur des preuves très plausibles.

Les faits qui, sous le premier aspect de la doctrine, semblaient dispersés, mal liés ensemble, et capables de causer du trouble à l'esprit plutôt que de le convaincre, se montrent, dans la forme matérialiste du système, fortement unis, et deviennent comme do puissantes et dangereuses batteries dirigées contre le spiritualisme. Il semblerait qu'en rencontrant la matière, la vraie, solide et tangible matière, le fantôme insaisissable de l'idéalisme ait pris, comme Antée, des forces nouvelles et se soit transformé en un monstre armé de redoutables dents.

Considérons d'abord cet accord parfaitement exact entre l'analyse psychologique et l'analyse physiologique, entre la mécanique des images et des sensations, et la mécanique des mouvements cérébraux.

Au point de vue idéaliste, il ne conclut à rien , si ce n'est à l'identification de la sensation et du mouvement, obscure et incroyable chimère.

Au point de vue matérialiste, quand on croit à un véritable et tangible cerveau, cet accord du physique et du moral a une singulière puissance. Le cerveau étant une réalité, et les mouvements des centres sensitifs de vrais mouvements de molécules solides ; la sensation, d'autre part, n'étant que l'humble compagne et la fidèle associée de ces mouvements ; cette sensation d'ailleurs étant ce qu'il y a, parmi les phénomènes internes, de plus grossier, ce qui touche le plus à la matière, la conclusion plausible, apparente, on pourrait presque dire quasi évidente, c'est : le cerveau est le sujet de la sensation ; la sensation est un phénomène cérébral.

Ce premier point acquis, nous pouvons passer à un second.

Nous avons dit que dans le système idéaliste Tillusion du moi était une pure et gratuite hj^othèse, tout entière fondée sur ce dogme non démontré de la non-existence des substances.

Dans le système matérialiste, il existe au contraire une preuve très forte de la non-existence de la personne humaine.

Los sensations et les images sont les seuls phénomènes internes ; ce sont de purs phénomènes cérébraux. Or, le cerveau, le NTai cer>*eau, non pas le cerveau métaphysique et scolastique, composé de mouvements abstraits, mais le cerveau de

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