‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 165 sur 320 · LIVRE m. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE m. — CHAPITRE VII

appuyée sur le témoignage de la conscience, Texistence de cette personnalité est certaine et indubitable.

Dès lors, le second point de la théorie, l'identité du cerveau et du sujet des sensations et de la pensée, s'écroule également. Les sensations, ne pouvant appartenir qu'à un moi sentant, ne peuvent être les phénomènes d'un simple cerveau. Le cerveau ne peut être que leur condition. L'expérience interne, rétablie dans ses droits légitimes, ne peut plus être détruite par une induction tirée de Fexpérience externe.

Que dirons-nous maintenant de cet accord si exact entre le physique et le moral, entre l'évolution des sensations et des images et la propagation des mouvements cérébraux ?

En premier lieu cet accord, fût-il réel, ne prouverait nullement la thèse de l'auteur. Il prouverait seulement que les deux ordres de faits, qui, d'un commun aveu, sont la condition l'un de l'autre, sont parfaitement correspondants. Il ne prouverait nullement qu'ils appartiennent à un même sujet.

Mais en outre, il est facile de voir que cet accord est beaucoup moins frappant que l'auteur ne le dit. Son analyse physiologique et anatomique, exacte et scientifique en grande partie, contient un notable mélange de pures hypothèses, et son analyse psychologique est très incomplète et par là même tout à fait arbitraire.

Tout ce que dit M. Taine sur les centres sensitifs et leur rôle, sur la distinction des deux parties de l'encéphale, Tune qui correspond aux sensations brutes, Tautre à l'élaboration de ces sensations, est exact et conforme à la science.

Mais en est-il de même de l'homogénéité de la masse des lobes cérébraux, de cette déclaration que le cerveau est un organe répétiteur et multiplicateur dans lequel les divers départements de l'écorce grise remplissent tous les mêmes fonctions ? N^est-ce pas se prononcer bien vite sur une question controversée, et cela contre la doctrine même qui sert si fréquemment d'argument aux matérialistes, celle de la localisation des facultés intellectuelles dans diverses régions du cerveau ?

Mais passons, et admettons l'homogénéité et la similitude de rôle des diverses parties des lobes cérébraux, s'ensuit-il que la

MU U rOSnUCHE n L& SŒKE

répéter et nnltq4ier les BOinremeiils ieasiliii ? Ici nemm pomrms mroqiier IL Tj Il MNM dit, à k page 313 : « L'action des crihlcs cortinlfw Im coaditioii soflbante et nécessaire des images, portant de Umle eonnaissanee on idée. Le BcàiptL le microscope et rohsciialioa phfsiologiqQe ne peorent aller pins loin sans lomJier dans des hypothèses; nous ne pourrons ni définir cette action, ni prédier cette propagation ; font ce qne nons sarons, c*est qnH s*agit ici d^nn mooTement molécnlaire. *

On le voit donc, selon notre antenr Ini-mème, on ne peut préciser la propagation de Faction qni, émanant des centres senntiif , ébranle les lobes cérébraux, sans tomber dans des hypothèses. Dès lors, de quel droit affirme-t-il qne cette propagation n est qn'nne répétition on une modification des premiers moovements ? Pourquoi n*y aurait-il pas, comme la consdence Tatteste, une véritable activité intellectneDe provenant d*un principe interne, et pourquoi cette activité ne modifierait-elle pas direotem^it Tétat des lobes cérébraux, et n'y provoquerait-elle pas des mouvements spéciaux, tout différents de la simple répétition des mouvements des centres sensitiiis, de même qu'elle produit des idées tout autres que les sensations.

Il est évident que M. Taine s*est laissé entraîner par Tesprit de son système, et qu'il a dépassé la borne qu'il s'était lui-même posée ; qu'il a vu dans le cerveau beaucoup plus que ce que la science y découvre, qu'il est entré imprudemment sur le terrain du véritable inconnaissable en affirmant ce que personne n'a vu ni ne pourra probablement jamais voir, à savoir ce qui se passe à l'intérieur du cerveau pendant Texercice de la pensée.

Il a donc dû, pour établir l'accord si exact dont il parle, ajouter aux données expérimentales de la physiologie. Mais en revanche, il a été obligé de retrancher une portion capitale des données de l'expérience psychologique.

Il n'est pas besoin en eiïet d'avoir des connaissances spéciales, il suffit d'avoir du bon sens et d'observer de bonne foi pour reconnaître les immenses lacunes de la théorie psychologique que nous avons exposée au commencement de ce chapitre.

Page 1