LIVRE IV. — CHAPITRE PREMIER
certaines sensations subjectives que le corps ne soit connu. Nous ne prétendons pas, comme Reid Ta soutenu, que la perception et la sensation sont des faits parallèles et sans rapport direct entre eux, et que la perception consiste dans un jugement spontané et sans motif de notre intelligence, déclarant que tel corps se trouve en tel lieu.
Nous croyons au contraire que les impressions subjectives, les images formées par la rétine, les sensations musculaires et cutanées, sont des éléments essentiels de la perception ; que c'est au moyen de ces sensations que nous observons, et que notre observation consiste dans l'interprétation de ces sensations.
Mais nous soutenons que c'est cette interprétation même qui est robsei*vation externe primitive et directe; que ce que nous appelons voir ou toucher un corps, c'est précisément interpréter ainsi les sensations.
Nous soutenons que c'est le corps lui-même qui est connu, et non les sensations qui le révèlent. Le corps en effet est connu directement, spontanément, par l'effet naturel de notre activité intellectuelle. Les sensations qui révèlent les corps ne sont au contraire perceptibles que difficilement par une observation scientifique et par un effort d'attention. Tout homme sait qu'il existe des corps ronds ou carrés et les distingue aisément ; les savants seuls savent par quelle succession de sensations musculaires le rond se distingue du carré dans la perception du tact ; les sensations musculaires au travers desquelles se fait la perception du tact sont ignorées et inconnues de la plupart des hommes.
Il existe donc une immense différence entre les deux sortes de perceptions que nous avons distinguées.
Dans la perception des apparences, c'est l'impression apparente (subjective selon la science), c'estleson, la lumière, simple signe d'une vibration inconnue, qui sont directement observés et connus. Les causes réelles du son et de la lumière ne sont connues que plus tard par la science.
Dans la perception des corps réels , c'est la chose objective et distincte de nous qui est directement et clairement connue, bien qu'au travers de certains signes sensibles. Ce sont les signes sensibles, les images visuelles des deux yeux, et les sensations
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musculaires du tact qui ue sout distinctement connues que postérieurement, par une analyse et une expérimentation scientifiques. Dans la première espèce de perception^ nous observons une sensation subjective, et la science en découvre plus tard la cause externe et objective.
Dans la seconde espèce de perception, nous observons un corps objectif et réel, et la science découvre plus tard les sensations et les signes subjectifs au travers desquels Tobservation s'est faite.
C'est dans ce sens et avec ces explications que nous pouvons dire, sans crainte d*ètre démenti par les savants, que les corps qui sont des substances, sont Tobjet direct de notre perception, et par conséquent le premier objet et le point de départ même de la science expérimentale qui étudie le monde extérieur.
Ainsi notre doctrine , ou plutôt celle du bon sens, contient quatre points, dont deux concernent le dehors proprement dit en lui-même , et deux la manière dont noi^s connaissons le dehors.
Les deux premiers points sont :
1* L'objectivité actuelle de Tespace.
2* L'existence réelle de corps distincts qui sont des substances.
Les deux points relatifs à notre connaissance sont :
l"" La distinction des deux espèces de perception, la perception des apparences et la perception des corps.
2* Le fait que dans la perception des corps, c'est le corps luimême qui est connu par une traduction des signes sensibles, traduction qui est l'observation externe elle-même.
Cette dernière assertion est, comme on le voit, précisément la thèse fondamentale de ce livre relative à la perception externe, à savoir que F expérience atteint directement les substances-
Il est facile de reconnaître que nos diverses assertions sont liées entre elles.
En premier lieu, la dernière ne pourrait pas exister si les deux premières étaient fausses ; il serait impossible de connaître des corps, si ces corps n'existaient pas ; et ces corps ne peuvent exister que dans un espace objectif.
En second lieu, notre dernière proposition donne la clef de