LIVRE rV'. - CHAPITRE PREMIER
notre connaissance du monde extérieur. Percevant directement certains corps par la spontanéité de notre intelligence, par on acte psychique^ selon l'expression d'Helmholtz, traversant ainsi, parla force de Fintelligence et sous la direction do la nature, les signes sensibles, nous nous établissons tout d'un trait dans l'espace en dehors de nous.
Nous savons ce qui s'y trouve.
Nous connaissons clairement et avec évidence certains corps.
Cette connaissance est le point de départ pratique de notre science du monde extérieur. Personne ne peut commencer à étudier la physique ou l'histoire naturelle, avant d'avoir acquis par l'éducation cette première science pratique, qui consiste à savoir voir et à savoir toucher, c'est-à-dire à savoir dégager de ses sensations la connaissance des corps extérieurs.
Partant de ce point de départ, la science rayonne dans toutes les directions. Elle revient sur ses pas, et repassant d'une manière raisonnée par la route que l'homme a suivie instinctivement, elle étudie le mécanisme de la perception, elle observe les images, les sensations, les signes qui lui ont servi à connaître les corps. Elle se place d'autre part en présence des apparences mystérieuses du son et de la lumière, elle cherche ce qui se trouve derrière ces brillants fantômes. Comme elle est ellemême déjà établie par la perception directe des corps dans le monde objectif, on comprend qu'elle puisse établir des expériences comparatives entre les faits externes qu'elle perçoit et les faits internes que connaît la conscience. C'est ainsi qu'elle résout le problème de la nature du son et de la lumière, et nous fait connaître par une voie indirecte la cause de ces sensations, la vibration de l'air et de l'éther.
Ainsi tout s'accorde; notre connaissance peut être considérée comme vraie, d'abord à cause de son évidence, et ensuite parce que la marche de notre intelligence a été logique que le bon sens a été graduellement agrandi précisé et perfectionné par l'expérience technique et que nous avons toujours avancé du connu à l'inconnu.
Nous verrons que les systèmes contraires au nôtre ne peuvent
expliquer cette marche de la science et sont par conséquent antiscientifiques.
Mais il est temps d'exposer ces systèmes. Nous commencerons par ceux qui sont radicalement opposés à la doctrine du bon sens; qui nient les quatre assertions que nous avons posées. Nous verrons ensuite s'il existe une situation intermédiaire, et s'il serait possible de nier notre dernière assertion sans détruire les premières.
Le premier principe des systèmes que nous combattons est la subjectivité de rétendue. L'espace, selon cette doctrine, n'existe pas en dehors de nous ; c'est un grand fantôme créé par notre esprit ; la notion de l'espace et la croyance à sa réalité sont de simples états de conscience.
Ce que nous appelons vulgairement les corps, ou tout au moins tout ce qui peut être perçu par les sens dans les corps est subjectif comme l'espace lui-même. La forme, le mouvement, sont de simples apparences; l'impénétrabilité n'est qu'une sensation de résistance.
En conséquence, ce que nous appelons corps distincts ne sont que des groupes distincts des sensations visuelles et tactiles, lesquelles sont toutes subjectives et n'existent qu'en nous.
Une seule espèce de choses peut exister en dehors de nous, ce sont les causes de nos sensations.
De ces principes, il résulte évidemment que toutes les perceptions sont de même nature, et qu'il n'y a plus lieu, puisque tout ce qui est perceptible est simplement apparent, de distinguer une perception des apparences et une perception des réalités.
Toutes les perceptions sont semblables aux perceptions du son et de la lumière, telles que la science les a expliquées. Elles se composent d'un élément subjectif localisé au dehors par une illusion naturelle, et d'un élément objectif qui en est la cause inconnue.