‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 175 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE PREMIER. 3S · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE PREMIER. 3S

Nous ne pouvons connaître direclemeni que nos sensations. Nous ne pouvons aller au delà, si tant est que nous puissions y parvenir, que par un raisonnement inductif .

Subjectivité de Tétendue, subjectivité de toutes nos perceptions sensibles, tels sont les principes de ce système qui peut être formulé ainsi :

Tous les objets de l'expérience externe, y compris Tétendue, sont des sensations subjectives.

Les corps ne peuvent êtres connus que comme cause de nos sensations.

Les philosophes si nombreux de nos jours qui soutiennent ce système de Tétendue subjective se divisent en plusieurs classes distinctes.

Les uns déclarent que cette cause externe de nos sensations est inconnaissable et même chimérique. Ce sont les positivistes ou sensualistes purs.

D'autres disent que cette cause existe certainement, mais que nous ne pouvons pas en connaître la nature. Ce sont les semipositivistes.

D'autres prétendent arriver à la connaissance de cette cause, et disent qu'elle se compose d'êtres actifs et multiples nommés forces. Ce sont les dynamistes.

Il est facile de s'assurer qu'il y a deux voies pour arriver à la connaissance de cette cause des sensations qui sont absolument fermées aux défenseurs de Tétendue subjective.

La première est l'induction comparative employée dans les sciences expérimentales. Cette induction consiste à observer d'abord le lien entre certaines causes et certains effets, pour remonter ensuite d'un effet connu à une cause inconnue. Ainsi ayant observé que les acides rougissent la teinture de tournesol, et voyant une liqueur qui rougit cette teinture, nous déclarons que cette liqueur est un acide. Ce procédé exige évidemment une comparaison antérieure et par conséquent un terme de comparaison de même espèce que la cause cherchée.

Pour trouver la cause d'un phénomène, il faut avoir observé la cause d'un phénomène semblable. Or, dans le système qui nous occupe, l'expérience ne connaissant absolument que des sensa^

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lions subjectives, n*a aucun moyen pourmettre le pied en dehors du cercle absolument fermé de ces sensations.

"Elle ne connaît que des sensations. L^objectif lui est inconnu : die ne possède donc aucun terme de comparaison extérieure qui puisse permettre de lier les causes aux effets.

La seconde voie qui est fermée aux partisans de Tétendue subjective est celle de Tévidence du bon sens. Nous qui croyons avec le bon sens à un monde et à un espace objectifs, nous pouvons admettre que les divers corps qui composent ce monde et sont contenus dans cet espace, se manifestent à nous grâce à une faculté particulière de notre intelligence dont la véracité est garantie par Févidence.

Les partisans de Fétendue subjective ne peuvent s^appuyer sur une telle évidence.

Le bon sens ignore absolument le monde supra-sensible où résident, au-dessus de Tétendue, les causes de nos sensations.

Le bon sens d'ailleurs n'a pas la parole dans le système de retendue subjective.

Si on lui laissait ouvrir la bouche, il soufflerait sur les fantômes et remettrait à leur place le monde des corps situés dans un véritable espace.

Il ne reste donc aux métaphysiciens, qui enseignent que l'étendue est subjective, qu*un seul moyen de franchir les bornes du moi, et de passer au dehors.

C'est le principe de causalité métaphysique et rationnelle; c'est le principe que tout phénomène suppose une cause, c'est-à-dire un agent producteur suffisant.

Ils doivent donc raisonner ainsi :

La série de nos sensations visuelles, tactiles, etc., ne peut avoir pour cause unique notre propre activité.

Donc elle a une cause externe.

Maintenant, nous ne pouvons juger de la nature de cette cause que par ses effets.

Les effets sont des phénomènes passivement subis par le moi ; donc, la cause est active.

Les effets sont divers et multiples; donc, la cause se compose de forces distinctes.

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