LIVRE IV. — CHAPITRE PREMIER. S3l
Cette dernière conclusion, soutenue par les dynamistes est contestée par les semi-positivistes. Il nous semble que ces derniers ont raison; nous ne voyons pas pourquoi, du moment qu'on admet que notre moi, quoique simple, a des facultés, des pensées, des volontés multiples, une autre force extérieure simple n'aurait pas également des facultés et des actions multiples qui produiraient dans notre moi, déjà muni de facultés réceptives multiples, une multiplicité immense de sensations subjectives.
Il nous semble qu'il est plus sensé de ne rien affirmer sur ce monde supra-sensible, si ce n'est qu'il existe une cause de nos sensations.
Du reste, nous n'avons pas l'intention de nous mêler des débats intérieurs entre les partisans de l'étendue subjective. Nous laisserons les dynamistes lutter avec les semi-positivistes ou les positivistes purs, sans prendre part dans la lutte. Du moment qu'il n'y a ni corps ni espace, mais de simples fantômes internes, la cause inconnue de ces fantômes^ l'être inintelligible qui, n'étant pas étendu, cause l'apparition de l'étendue, nous parait digne de fort peu d'intérêt. Ce second monde, obscur, composé de forces, doublure du premier monde composé de phénomènes, n'ayant aucun rapport quelconque avec les sciences physiques et naturelles, n'ayant également aucun rapport déterminé avec l'àme humaine et avec Dieu, et n'étant d'ailleurs susceptible que d'être très imparfaitement connu par un raisonnement douteux, ce qu'il y a de plus simple est de ne pas s'en occuper.
Ce qui nous importe, c'est de bien poser la question entre la doctrine du bon sens, celle de l'étendue objective et des corps réels, et la doctrine contraire, celle de l'étendue subjective et de l'expérience restreinte aux sensations seules.
Pour cela, nous nous demanderons si ces deux systèmes sont tellement opposés qu'il n'y ait pas entre eux d'intermédiaire, s'il serait possible de nier l'observation directe des substances matérielles, sans être conduit jusqu'à la subjectivité de l'étendue.
Rigoureusement parlant, du moment qu'on admet que l'expérience n'atteint que des sensations subjectives, le raisonnement fondé sur la causalité est le seul moyen de pénétrer au delà des
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seosations. Or, Fidée de cause, c*est-à-dire d'agent producteur de certaines sensations subjectives, n'implique nullement celle d*étendue réelle.
Des sensations subjectives, n'étant étendues et distantes qu'en apparence, n'exigent nullement une étendue réelle dans leurs causes, ni une distance réelle entre plusieurs de ces causes.
Ainsi, en partant de sensations subjectives, le raisonnement ne conduit pas à un espace objectif. L'expérience directe n'y conduit pas non plus, puisqu'elle ne porte que sur des états de conscience.
n serait cependant possible aux adversaires de l'observation directe des corps de conserver l'idée d'un espace objectif, en considérant son existence comme une simple idée de raison, une nécessité imposée par une loi de l'esprit bumain. Mais ce serait une concession dangereuse au bon sens, car du moment qu'un espace objectif existerait, pourquoi le laisser vide et ne pas y placer les corps, qui s'y logent si aisément et si naturellement?
Il nous semble donc que le système intermédiaire, qui a peu de partisans d'ailleurs, est sans fondement logique et que la question doit être posée simplement entre les deux doctrines contraires.
D'une part, objectivité de l'espace, réalité des corps et connaissance des corps par une observation directe.
D'autre part, subjectivité de l'espace, subjectivité de tout ce qui est vulgairement appelé corps, connaissance expérimentale des sensations seules, et connaissance simplement inductive d'une cause des sensations.
Ces deux systèmes étant ainsi placés face à face, nous pouvons procéder à la discussion de leur valeur.
Or, la première chose que nous devons demander , conformément à notre méthode, c'est la situation de ces systèmes relativement au bon sens.