‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 180 sur 320 · NON-EXISTENCE DE L*ESPACE AVANT LA CRÉATION DES CORPS · texte numérisé non relu

NON-EXISTENCE DE L*ESPACE AVANT LA CRÉATION DES CORPS

Transportons-nous maintenant par la pensée à Tépoque antérieure à la création de la matière. Y avait- il un espace ? Cette question se ramène à celle-ci : des lieux distincts existaient-ils? Or, évidemment la réponse est négative. Sans corps, pas de point de repère ; sans points de repère, pas de lieux réels. Nous pouvons confirmer ce résultat par une autre considération. Cet espace avant la création aurait été évidemment vide. Or, qu*est-ce que le vide? — Le vide, tel qu'il existe ou tel que nous le concevons expérimentalement, c'est un intervalle entre les limites réelles. — Une bouteille vide, ce sont des parois de «.verre laissant un intervalle entre elles.

Toute Tobjectivité du vide consiste dans la relation entre les parois pleines. Otez la paroi, il ne reste plus que le néant.

L'espace antérieur à la création étant un vide sans parois serait donc abso. luinent identique au néant.

Cette idée, que l'espace n'existait pas avant la création, bien qu'elle soit la conséquence rigoureuse des définitions que nous avons établies, est difficile à admettre. L'imagination proteste.

Voici, ce me semble, la cause de la difficulté.

Nous cbercbons à nous figurer imaginativement ce qui existait avant la création. Nous nous y transportons par la pensée, avec notre nature composée de corps et d'âme. Or, du moment que nous nous plaçons nousmêmes quelque part, ou que nous imaginons un fantôme quelconque, nous créons un point de repère autour duquel l'espace reparait.

Nous ne pouvons arriver, dans notre état actuel, à la conception d'une existence purement spirituelle comme celle de Dieu et des anges. Nous ne pouvons pas non plus nous figurer le néant absolu. Notre puissance d'abstraction ne va pas jusque-là.

Un autre motif de confusion provient de ce fait que l'espace survivrait nécessairement à l'anéantissement de tous les corps qu'il contient, pourvu qu'il en subsiste un seul, et que ce dernier corps, qui seul suffit à maintenir entre les lieux leur distinction objective, peut être choisi arbitrairement.

Or, voyant que la distinction de chaque corps n'anéantit pas l'espace et ne le diminue pas, nous ne pouvons pas nous figurer que la destruction du dernier corps le ferait entièrement disparaître.

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