‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 183 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE PREMIER. Ui · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE PREMIER. Ui

Ainsi nous concluons en distinguant deux hypotlièses.

Celle où un corps réel existe.

Celle où il n'existe aucun corps.

Dans la première hypothèse, Tespacc objectif, indéfini existe comme le bon sens se le représente. Il existe, Thypothèse étant donnée, nécessairement ; aucune cause, tant que le corps qui sert de point de repère subsiste, ne pourrait le détruire ni en détruire aucune partie. Dieu lui-même ne le pourrait pas ; car il ne peut pas détruire les possibilités ni leur rapport, et, ici, il s'agit d'une possibilité liée nécessairement à l'existence des corps réels.

Dans la seconde hypothèse, il n'y a pas d'espace objectif du tout. Avec le dernier corps, disparaît la distinction même des lieux. 11 n'y a que rétendue idéale et possible qui existe dans la pensée divine, étendue qui comporte des formes géométriques diverses, mais qui ne possède aucune détermination locale.

Nous pouvons définir l'étendue purement idéale : Ordre général des possibilités des corps. Quant à l'étendue objective, à l'espace qui s'étend nécessairement à l'infini autour d'un corps réel quelconque, nous le définirions : Ordre des possibilités de corps qui soient en rapport avec un corps réel donné.

Nous ne donnons pas la théorie que nous venons d'exposer comme certaine ; à de telles hauteurs métaphysiques, il serait imprudent de prétendre à la certitude.

Néanmoins, nous remarquons qu'elle a trois avantages dignes d'être appréciés.

En premier lieu, elle cadre exactement avec les idées vulgaires du bon sens, dans l'hypothèse de l'existence de certains corps réels, hypothèse toujours réalisée en fait, et antérieure à toute expérience sur les corps.

En second lieu, elle ne donne pas, conmie la théorie de l'espace absolument nécessaire de M. Royer-CoUard, la priorité logique et chronologique à l'abstrait sur le concret, au vide sur le plein. L'espace dans notre théorie coexiste à l'ensemble de corps réels, mais ne leur préexiste pas. Son objectivité est la conséquence et non la condition antérieure de leur existence. Il est vrai que l'espace, ayant été déjà déterminé et rendu objectif par l'existence de certains corps, préexiste logiquement et chronologiquement aux autres corps qu'on peut supposer dans son sein, mais cela n'empêche pas que la réalité en général ne précède Tabstraction, et que le plein ne précède le vide.

En troisième lieu, notre théorie replace l'espace dans une position dépendante relativement au créateur. L'objectivité de l'espace étant le résultat de la création des corps, est dépendante de la volonté divine.

La principale objection consiste dans la difficulté que nous éprouvons ù concevoir l'espace n'existant pas du tout. Mais n'éprouvons-nous pas une

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