‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 185 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE II

quer les autres phénomènes plus ou moins analogues et à construire une théorie générale.

Nous choisirons dans ce but, trois types déterminés de perception.

Deux d'entre eux ont rapport à la perception que nous avons appelée perception des apparences.

Ce seront d'une part, la perception des sons ; et d'autre part, celle de la lumière blanche ou colorée.

Notre troisième type sera la perception d'un corps accessible de moyenne dimension par l'union de la vue et du tact ; soit que ces sens agissent simultanément, la vue guidant l'organe qui touche, soit qu'ils aient agi séparément, la vue se servant des renseignements déjà acquis par le tact ou réciproquement.

Nous laissons de côté provisoirement les odeurs, les saveurs, le chaud et le froid, la vision des corps lointains, la perception par le tact des corps rapidement mobiles, tels que les liquides qui s'écoulent et les gaz.

Le sujet de notre étude étant bien délimité, expliquons avec soin l'ordre et la marche de notre démonstration.

Nous commencerons par examiner chacun de nos types de perception, en nous servant uniquement du bon sens. Mais il ne faut pas oublier que ce que nous appelons le bon sens, ce n'est pas Topinion routinière du vulgaire ignorant, c'est au contraire une croyance légitimement fondée sur une évidence concrète appréciable par la raison. L'homme de bon sens que nous prenons pour juge, c'est un homme intelligent, ayant l'esprit ouvert, c'est un philosophe, si l'on veut, dans le meilleur sens du terme. Mais d'une part, nous le supposons impartial entre les divers systèmes philosophiques sur la nature des corps et sur l'espace; nous le supposons en dehors des traditions philosophiques et jugeant par lui-même. D'autre part, nous supposons que cet homme de bon sens, au moment où nous l'interrogeons pour la première fois, n'est pas au courant des derniers travaux scientifiques, qu'il ignore ou qu'il fait abstraction de la science technique.

Ainsi nous supposons qu'il étudie d'abord la perception du son et de la lumière, abstraction faite des théories scientifiques des vibrations de l'air et de l'éther. Nous supposons qu'il étudie la

vision des corps, abstraction faite des travaux récents de Foptiqae psychologique, des études expérimentales spéciales et techniques sur le mécanisme de la vision.

En un mot, notre juge c'est un homme instruit, ayant l'esprit philosophique, ce n'est ni un métaphysicien systématique, ni un savant de profession.

Aussitôt cette première étude faite, nous examinerons en quoi la science expérimentale limite, modifie, ou corrige Topinion de notre homme de hon sens, en quoi au contraire la science technique et la première vue de Tunivers sont d'accord.

Nous pourrons ainsi constater que les corrections scientifiques ne dépassent pas la mesure prévue, et permettent de considérer toujours le bon sens comme la première approximation de la connaissance de la réalité.

Puis nous ferons comparaître le système de l'étendue subjective qui est lui, non la correction, mais la contradiction du bon sens ; il nous sera aisé de montrer que par là même, il se trouve également être en contradiction avec la science expérimentale.

Cette étude, faite successivement sur les trois types de perception que nous avons choisis, nous permettra de démontrer une de nos assertions capitales, à savoir la distinction entre la per. ception des apparences et la perception des corps ; la première ne faisant connaître que des phénomènes subjectifs, dont la cause externe inconnue naturellement et ne peut être découverte que par l'induction scientifique : la seconde faisant directement connaître des substances réelles, au travers des signes que la nature interprète.

Cela posé, il ne nous restera plus qu'à étudier plus à fond la perception des corps pour répondre aux objections tirées de la difficulté de comprendre comment l'homme sort de lui-même, et des erreurs possibles ou réelles de cette perception. Le simple exposé du mécanisme naturel de l'interprétation des signes sensibles suffira pour dissiper ces objections, au point de vue pratique et expérimental. Au point de vue théorique, au point de vue du raisonnement pur, il existe des objections plus tenaces. Nous les étudierons dans notre livre V. Dans celui-ci, nous ne nous

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