‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 187 sur 320 · DU SENS DK LA VUE · texte numérisé non relu

DU SENS DK LA VUE

La vue est avant tout le sens de la connaissance générale. Elle embrasse à la fois un grand nombre d'objets.

Elle perçoit à la fois les apparences et les substances, la simple lumière colorée ou les corps.

Elle nous révèle des apparences d'une nature spéciale qui lui sont propres, la lumière et les couleurs ; mais elle perçoit aussi les formes, les mouvements, les distances, c'est-à-dire des modes et des relations des corps qui sont connus également par le tact.

Les objets qu'elle perçoit se manifestent à elle avec la plus grande facilité, sans recherche, sans effort. Cependant la volonté a une action plus grande sur l'exercice de ce sens que sur celui de l'ouïe ; il dépend de nous de fermer ou de détourner les yeux, ou bien au contraire, de regarder avec une attention particulière.

Bien que la vue puisse percevoir des substances, c'est Tapparence qui est son propre objet. Elle est le sens des apparences. Nous Tavons appelée sens divinatoire, parce que son office propre est d'être attirée par les apparences et de chercher à deviner les réalités que les apparences sont destinées à manifester.

Pour y parvenir, pour compléter et préciser ses propres résultats, la vue est obligée d'avoir recours au tact. Sans les renseignements fournis par le tact, la vue ignorerait la distance où les objets sont de l'œil, le relief des formes et la grandeur réelle des objets.

Aussi la vue est-elle comme l'ouïe un sens hétérodidacte . Elle ne se suffit pas à elle-même.

Cette insuffisance de la vue n'est pas si évidente que celle de l'ouïe, parce que nous avons acquis dès Tcufance, par la compa-

3V> LE POSmnSSfE ET Là SQEXCE EXPËRDIENTALE.

raison des perceptions de la rue et du tact, une longue habitude de suppléer par certaines inductions et certains signes accessoires à ce qn*il y a d'incomplet dans la perception directe de nos yeux. La plupart des objets que nous voyons ont des formes qui nous sont connues et qui sont semblables à d'autres formes que nous avons pu palper auparavant. Aussi notre perception du relief et de la distance de\îent-elle très incertaine dès qu'il s'agit d'objets insolites et irrégiiliers.

Quand il s'agit d'objets très rapprochés, il y a une perception spéciale du relief et de la distance qui provient de l'union des sensations des deux yeux et que le stéréoscope reproduit, mais cette perception elle-même est un effet de l'habitude et de l'éducation des yeux, éducation à laquelle le tact a du contribuer.

Sens des apparences, sens divinatoire, sens hétérodidacte, qui a besoin d'être interprété par le tact, la vue, est par là même, un sens sujet à de fréquentes illusions.

Les illusions de la vue ont cela de particulier qu'elles ne sont point de simples accidents ; elles sont le résultat de règles générales; elles sont prévues, produites à volonté ; elles constituent un des objets habituels de la perception visuelle, et une des données utilisées par la science.

L'illusion produite par la réflexion d'un miroir est connue de tout le monde.

Les illusions produites par la réfraction sont également très connues, et personne n'ignore Tusage qu'en fait la science dans la construction des lunettes et autres appareils optiques.

Une autre catégorie d'illusions est celle qu'emploient les peintres et qui a donné naissance à la science de la perspective.

La vue est donc sujette à des illusions qui ne sont pas de simples accidents, mais qui se produisent d'une manière régulière dans des circonstances déterminées.

Ces illusions ne nuisent nullement à la véracité du sens de la vue, précisément parce qu'elles sont ainsi prévues et corrigées par la raison. Mais ce qu'ily ade remarquable, c'estquela raison, en corrigeant ces illusions, ne les détruit pas. En même temps

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