LIVRE IV. — CHAPITRE II
que ma raison prononce avec certitude qu'il n'y a rien derrière une glace, ma perception affirme pour ainsi dire sans hésiter, qu'il y a une certaine image, celle do ma propre figure, par exemple.
Je regarde un tableau: je voi9 le cadre et la toile; je sais que j'ai devant moi, en réalité, une surface plate. Néanmoins, je vois une allée d'arbres qui se prolonge en s'éloignant de moi. Le jugement de raison et le jugement de perception se contredisent, mais subsistent en face l'un de l'autre sans se détruire. La raison sait qu'elle a raison et que la perception est dans Terreur, mais la perception subsiste.
Nous aurons Toccasion d'examiner plus loin quelle est Torigine et l'explication de ces illusions.
Pour le moment, contentons-nous de remarquer que ces illusions, soumises à des lois régulières et faisant partie de l'exercice normal d'une faculté perceptive, sont propres à l'ouïe et à la vue. On no connaît aucune classe d'illusions semblables dans les perceptions de l'odorat et du goût. Comme nous le verrons, celles du toucher ne sont que des phénomènes tout à fait accidentels. Si celles de l'ouïe sont moins fréquentes que celles de la vue, cela tient à ce que l'ouïe donne en général des renseignements moins précis; les causes principales de ces illusions, la réfraction et la réflexion, sont communes à ces deux sens.