‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 191 sur 320 · DE LA PERCEPTION DU SON · texte numérisé non relu

DE LA PERCEPTION DU SON

Qu'est-ce que le son ?

Question bien simple que les hommes ont dû se poser depuis qu'ils ont commencé à réfléchir, question en même temps bien profonde et féconde en résultats métaphysiques d'une haute importance.

La réponse du bon sens est singulière et contradictoire en apparence.

Le son, c'est ce que nous entendons, c'est ce qui frappe notre oreille. C'est donc, ou du moins il semble que ce soit quelque chose d'objectif. C'est au dehors que le son semble retentir ; or, retentir, c'est la nature même, c'est l'essence même du son. Mais d'autre part, le son n'est pas une substance, ce n'est pas un corps, ce n'est pas une chose, c'est un simple retentissement, c'est une voix, mais une voix considérée séparément de l'organe et de l'air qui vibre.

Sans doute, le son vient d'un corps, il est produit par le mouvement d'un corps mais il n'est pas adhérent à ce corps. Il n'en est pas la propriété, il s'en sépare et se propage loin du corps.

334 LE rosmnâafE et Là sœ^ce eiféboiextale.

Le ioa senii-fl mainlenaiit une qoafité, on phéooiBine d*i tobstance ineoniiiie? Cela est impossible. Sdon les pcinc^es que noos arcms exposés, la qualité ei le pliéfiomèiie ne sont que la substaiiee ene-mème, vue sous on de ses a^ects on dans on de ses actes* Il est donc impossible qo'one qoalité oo on phénomène soit conno sans qoe la sobstance soit connue «i même temps. Or, le son est clairement conno. Ses Tariétés de Ion et de timbre, ses intervaUes et sa mesore sont Tobjel d*one perception rigooreosement exacte.

Ao contraire, la sobstance do son. si elle existait, serait rîgoosèment inconnoe et même inconcevable. Noos concevons on agent sonore, une caose do son, mais noos n'avons aocone raison poor admettre une ressemblance entre cette cause et le son loi-^nème. Nous ne pouvons attribuer à cette cause les différents tons et les variétés de timbre des sons. La seule assimilation que nous puissions £aire serait celle de la succession des sons avec une succession correspondante de modifications de la cause productive do son.

Cette caose, d'ailleurs, semble être le mouvement et le choc des corps. Or, entre un mouvement d*une certaine vitesse et un do ou un sol il n'y a aucune identité.

Nous arrivons donc à la conception étrange, incohérente, de quelque chose qui serait objectif sans être substantiel, qui serait hors de nous, et ne serait pas dans un autre être, tout en étant cependant particulier, déterminé et capable d'agir sur notre sensibilité. Nous ne devons pas nous étonner de voir le bon sens contenir une telle notion. Le bon sens procède ainsi, il juge tout droit sur Tapparence et ne s'inquiète pas que l'une de ses affirmations soit détruite par une autre. Il juge, d'après l'apparence, que le son vient du dehors ; donc, dit-il, c'est un phénomène objectif. Il juge, d'après la même apparence, que le son n*est pas un corps réel, ni une propriété d'un corps perceptible. Il prononce que ce n'est pas une substance, ni une quaUté ou un phénomène d'une substance connue.

Il laisse à la raison philosophique le soin de concilier entre elles ces assertions.

Que fera maintenant la raison?

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