LIVRE IV. - CHAPITRE 111. 38o
peine et rarement par notre état interne. En cela, ils diffèrent des phénomènes purement internes, qui sont souvent vagues, variables, modifiés par l'attention même qui est apportée à les observer. Les sons et les couleurs, quand ils dépendent d'une cause externe régulière et fixe, peuvent être observés avec une facilité merveilleuse, avec la même facilité et la même fixité qui caractérisent Tobservation des corps extérieurs.
Tous ces motifs réunis forment une puissante cause d'illusion qui doit, comme l'illusion de l'image d'un miroir, résister à toutes les contradictions de la raison.
On comprend donc que le premier jugement du bon sens, d'après les apparences, est et sera toujours en faveur de l'objectivité non substantielle des couleurs et des sons vagues, et de l'attribution des couleurs apparentes à titre de qualités aux corps réels.
Mais le jugement de la raison^ en s'appuyant sur les expériences les plus vulgaires, corrige ce jugement de bon sens. La raison reconnaît l'ol^jectivité réelle de la cause et l'objectivité apparente du phénomène : elle repousse l'objectivité réelle du phénomène sonore ou coloré. La raison reconnaît l'existence de couleurs réelles dans les corps, mais elle les distingue des couleurs apparentes.
Voyons maintenant quel est, sur ce point, le témoignage de la science, comment elle confirme les résultats que nous venons d'établir et quelle lumière elle nous donne sur le procédé de la nature dans la perception des sons, de la lumière et des couleurs.