‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 215 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

qui résulte de ce que les couleurs apparentes attribuées à titre de qualités aux corps réels, varient sous Teffet de la lumière sans que le corps lui-même varie.

Nous avons suivi exactement la mélhode que nous avons tracée, cette vraie méthode progressive dont la dialectique hégélienne est la caricature ; la méthode par thèse, antithèse et synthèse. Le bon sens nous a donné deux couples de thèse et d'antithèse. Nous en avons réalisé la synthèse au moyen de la distinction entre Tagent lumineux et la lumière apparente d'une part, et d'autre part entre la couleur réelle des corps et leur couleur apparente, phénomène lumineux subjectif.

D'où vient donc que cette solution si simple a paru si tard? D'où vient qu'elle a été en réalité l'effet de progrès scientifiques qui ne sont pas du tout nécessaires pour appuyer les raisonnements sur lesquels elle est fondée.

L'explication de ce fait est très simple. Avant les progrès scientifiques dont nous parlons, la théorie métaphysique des couleurs aurait pu être créée, mais elle aurait reposé uniquement sur le raisonnement. Les distinctions établies auraient été des distinctions nécessaires pour expliquer les faits, mais non des distinctions évidentes par elles-mêmes. Or, le raisonnement pur en présence des apparences est extrêmement faible, il cède très vite à la force des illusions sensibles.

La science a parcouru exactement la même route que nous avons suivie par le raisonnement, mais elle l'a parcourue en s^appuyant sur des faits sensibles, en disant au nom de l'expérience en quoi consistent ces distinctions dont la raison seule pouvait affirmer l'existence, mais sans en connaître la nature.

La raison distinguait un phénomène lumineux et un agent objectif cause de ce phénomène. La science nous dit en quoi consiste cet agents elle nous en indique la nature ; c'est le milieu vibrant de l'éther. Dès lors, la confusion de l'objectif et du subjectif est devenue impossible.

La raison distinguait la teinte réelle du corps de sa couleur apparente, mais elle ne savait en quoi consistait la teinte réelle ; aussi la confusion se reproduisait toujours. La science nous dit que la teinte réelle est la propriété que la surface du corps a de

cribler pour ainsi dire les rayons lumineux de diverses couleurs, pour n'en renvoyer par diffusion que quelques-uns.

Il devient dès lors impossible de confondre ce crible avec un aspect coloré.

La raison, comme nous l'avons vu, en s'appuyant sur Tobservation du phénomène de l'audition des sons et de la vision des couleurs, arrivait à la conclusion étrange que les sons et les couleurs sont des fantômes subjectifs projetés au dehors. Cette coticlusion avait quelque chose de si singulier que les philosophes comme le vulgaire retombaient constamment dans la notion impossible de quelque chose d'objectif sans substance.

La science nous montre par ses expériences physiologiques la naissance de ces fantômes par les excitations mécaniques ou électriques du nerf optique, puis elle nous enseigne les lois selon lesquelles ils se placent à des distances déterminées ; elle nous montre comment ils doivent par l'effet d'une induction inconsciente instinctive, s'appliquer sur les corps réels qu'ils représentent, et se confondre en apparence avec les réalités dont ils sont le signe.

Ainsi la science éclaire et explique par des faits chacune des conclurions exactes du raisonnement métaphysique, montrant ici clairement et d'une manière expérimentale cette grande vérité qui fait l'objet de ce livre, que la science et la métaphysique sont intimement unies et que la science ne peut pas observer exactement sans faire à son insu de la bonne métaphysique.

Suivons en détail ces intéressantes confirmations que les sciences physiques apportent aux résultats exacts d'une philosophie fondée sur le bon sens.

DÉCOMPOSITION DE LA Ll'MIÈRE BLANCHE

Tout le monde connaît la célèbre expérience de la décomposition de la lumière par le prisme. Extrêmement ancienne,

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