LIVRE IV. - CHAPITRE IV
forme déterminée et des couleurs propres invariables ; mais, par lui-même, il est invisible ; il faut qu'il soit éclairé.
La lumière ambiante, c'est-à-dire Téther, substance réelle vibrante, vient rencontrer la surface do Tobjet, et, modifiée par sa forme et par ses teintes propres, produit une seconde surface lumineuse composée do foyers de rayons producteurs de couleurs diverses, qui recouvre l'objet entier.
En choisissant un petit élément déterminé de cette surface, nous voyons qu'il s'y trouve : 1** la limite d'une matière solide ; 2* la teinte propre de cette matière ; V un revêtement de points lumineux, foyers de rayons d'une certaine couleur.
Pour que la vision s'opère, il faut que les rayons émanés de ces points lumineux arrivent jusqu'à l'œil. Si aucun obstacle n'intervient, ces rayons iront en ligne droite; divergents à partir de leur point de départ, ils entreront dans la pupille, seront rendus convergents par les milieux réfringents de l'œil, et viendront se peindre en un point de la rétine.
Là se produira l'excitation nerveuse, la sensation de couleur. Mais d'après cotte loi évidente que nous avons constatée, cette sensation ne sera pas sentie au lieu où le nerf est excité ; elle sera projetée au dehors : la sensation consistera précisément à voir devant soi quelque chose de bleu, de jaune ou de rouge, à sentir si Ton veut, du bleu, du jaune et du rouge, mais à le sentir par dedans, comme si ce que nous sentons était hors de nous. Tel est le caractère propre des sensations de couleurs.
Cette sensation ainsi projetée au dehors, et suspendue devant l'œil, obéira maintenant à une autre loi, celle de l'habitude instinctive, formée par les jugements précédents ; elle fuira au dehors, en apparence, le long des rayons qui l'ont excitée étira se placer d'elle-même au point d'où ces rayons sont émanés. C'est en ce point que nous verrons, c'est-à-dire que nous croirons sentir le bleu, le jaune et le rouge, parce que la comparaison avec le tact nous a habitués à considérer notre sensation colorée comme le signe d'un objet situé à cette distance et à la confondre avec cet objet.
Alors nous verrons, à la distance où se trouve le corps, une certaine apparence colorée. La même habitude résultant de
rindaction inconsciente nous portera à traduire cette sensation en la notion d^un corps coloré, ayant la couleur même que nous Yoyonti ce qui fait que nous attribuerons au corps la couleur apparente. Mais une induction postérieure nous montrera que la couleur du corps restant fixe^ la couleur apparente varie; nous attribuerons alors cette couleur apparente à la lumière dont elle est TefTet et le signe.
Ainsi se produira ce fait d'expérience si singulier, qui est aussi,
lui, une véritable antinomie, que bien que nous ne voyions les objets qu'à la suite d'un grand nombre d'intermédiaires : lumière, excitation de la rétine, transmission de l'excitation au cerveau, etc, etc. ; nous croyons les voir directement sans intermédiaires. Notre connaissance semble immédiate. Il nous semble que nous touchons l'objet avec notre faculté de connaître. En effet, ce fantôme coloré que nous avons projeté au dehors est réellement nôtre, nous le sentons, et, comme il est intime àl'objet, comme il se confond aveclui, le signe s'unissant avec la chose signifiée, comme il reproduit la surface de l'objet avec une exactitude parfaite, en sentant le fantôme coloré, nous croyons sentir l'objet lui-même et le toucher intellectuellement.
2* Cas. — La série des phénomènes est la même, seulement les rayons ayant été déviés, la sensation colorée retourne dans la direction opposée à celle suivant laquelle ils sont arrivés.
Elle s'égare pour ainsi dire et s'écarte du faisceau qui Ta apportée. Elle va donc se placer en l'air, à un endroit où l'objet n'est pas. C'est alors une image, un signe vide, un fantôme que l'habitude et l'instinct nous portent encore à traduire en un corps ; mais en ce cas, l'habitude et l'instinct sont corrigés par la raison.
3* Cas, — Un rayon de lumière diffuse vient au travers de l'atmosphère, il pénètre dans l'œil ayant perdu une partie de ses éléments, et ayant par le fait une teinte azurée. L'excitation de la rétine produit un voile azuré devant elle. Parle même instinct et la même habitude, ce voile recule vers sa cause; mais cette cause est inconnue , les rayons sont arrivés parallèles , rien n'indique la distance du point de départ. L'imagination alors