LIVRE IV. — Cn.VPïTKE V. " U
ment do couleur. Il est plus exact de Fappelor la visibilité sous l'effet de la lumière.
Nous dirons donc qu'en général le corps est une substance étendue, limitée par une forme tangible, et par conséquent exclusive des autres corps, mobile diversement sans être dénaturée, et douée de la propriété d'être visible par l'effet do la lumière.
Les corps ont sans doute beaucoup d'autres propriétés, telles que le poids, la dureté, la mollesse, le chaud ou le froid, la saveur etc, etc.
Ces propriétés sont ultérieurement connues par rexpérience. Mais elles ne sont pas essentielles à la première perception des corps. Nous pouvons en faire abstraction, notre but n'étant pas d'étudier en général toutes les propriétés des corps, mîiis d'étudier spécialement la perception des corps par la vue et le tact.
Ces propriétés que nous pouvons appeler primaires, sont toutes objectives. Il faut en effet discerner la visibilité par l'effet de la lumière ou même les teintes propres du corps qui sont des modifications de cette propriété, d'avec les couleurs de l'aspect apparent qui n'appartiennent pas au corps et n'en sont que le signe. Il faut distinguer l'impénétrabilité ou propriété générale permanente, qui fait qu'un corps en exclut un autre, et la tangibilité, ou propriété spéciale d'exclure nos organes tactiles, qui n'est qu'une application spéciale de l'impénétrabilité ; d'avec les sensations de résistance et impressions tactiles que nous éprouvons, et qui nous manifestent le corps.
Le bon sens conçoit le corps comme une substance permanente, ayant des pr(Tpriétés permanentes , restant tangible , lors-même qu'il n'est pas actuellement touché, restant visible en puissance lors même qu'il n'est pas actuellement vu, ni actuellement éclairé.
Telle est donc la notion du bon sens.
Les corps sont des substances, c'est-à-dire des réalités objectives et permanentes distinctes l'une de l'autre.
Les corps sont situés dans un espace objectif.
Les corps sont étendus, figurés, impénétrables, mobiles et visibles pourvu qu'ils soient éclairés.
416 tJS POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.
Il y a un corps qui appartient à notre moi, qui est nôtre. Les autres corps nous sont étrangers.
Que deviennent maintenant ces notions de bon sens, soumises à Texamen de la raison et à l'analyse de la logique ?
Tout dépend de la manière dont on emploie la raison et Tanalyse.
Si on les emploie sans méthode, on peut trouver des difficultés insolubles dans la notion de Tespace, dans celle de la substance étendue qui semble multiple indéfiniment, et qui est cependant nettement définie. Au nom de ces difficultés, on pourra rejeter la notion de Tespace ou celle des corps.
Seulement après les avoir rejetées, on retombera dans une difficulté beaucoup plus grande, celle de se passer de Tespace et dos corps. On se trouvera en effet dans Taltemative, ou de nier absolument la notion de bon sens que nous venons d*exposer, de déclarer la perception des corps mensongère, ou d'interpréter cette notion en disant que ce que nous croyons être substantiel n'est que phénoménal, que ce que nous croyons être objectif n'est que subjectif.
Or, nier d'une manière générale la perception des corps, c'est nier l'évidence, c'est nier la véracité de l'intelligence, c'est tomber dans le scepticisme.
Interpréter ces notions vulgaires dans le sens phénoménal et subjectif, c'est dire que les corps ne sont que des apparences, en d'autres termes que ce que nous voyons et ce que nous touchons, ce sont des phénomènes subjectifs, ou en d'autres termes encore, que c'est nous-mème, transporté par imagination au dehors, que nous voyons et que nous touchons.
Dans l'étude des couleurs, nous avons admis que Textrème superficie apparente de Tunivers visible sortait de nous-mème, était une production de notre rétine excitée par la lumière et