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LIVRE IV. — CHAPITRE V. A

La notion primitive du son et de la lumière, chose objective et non substantielle, était incohérente, contradictoire en apparence ; elle demandait une explication. Cette notion, formulée telle qu'elle Tétait primitivement, était contraire au principe fondamental que toute réalité objective est substantielle. La raison était forcée d'expliquer, d'interpréter cette notion, de la résoudre en éléments intelligibles.

La notion primitive des corps, objectifs et substantiels à la fois, est au contraire parfaitement simple, cohérente, conforme à la raison ; elle n'est sujette qu'aux difficultés profondes qui se manifestent toutes les fois qu'on scrute la nature intime de la réalité. La raison doit donc l'admettre telle qu'elle est, et en se contentant d'en préciser les limites.

Quel est maintenant le témoignage de la science sur ce même point?

Pour le constater il faut distinguer deux notions scientifiques d'un corps solide, l'une élémentaire et primitive, l'autre plus profonde et postérieure.

La notion élémentaire est celle qui, résultant des expériences vulgaires, est employée dans les sciences les plus simples, et principalement dans la mécanique.

La notion profonde est celle qui résulte d'expériences plus subtiles, et qui est employée dans la physique moléculaire et la thermo-djmamique.

Selon la notion élémentaire, tout corps est étendu ; il a une forme et des dimensions déterminées.

Tout corps solide est impénétrable, au moins d'une manière relative ; il exclut les solides semblables à lui du lieu qu'il occupe. Tout corps solide est mobile et inerte, r-apable de divers mouvements et cependant incapable de se mouvoir spontanément.

De plus ces corps sont tous situés dans l'espace.

iili LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

Ainsi considéré, le témoignage de la science est identique à celui de la raison philosophique.

La science admet l'étendue objective ; elle vit dans Tétendue, elle mesure retendue. Elle ne devine, elle ne suppose rien sans l'étendue. Si elle parle de forces, c'est de forces localisées, partant d'un point et tendant vers un autre ; de forces mouvant des corps ou résistant à des mouvements.

La science étudie un seul et unique espace objectif, le ciel où se meuvent les astres ; elle n'a pas la pensée de confondre cet espace objectif avec la voûte subjective que crée notre imagination; elle sait que l'une est illimitée et vide, tandis que l'autre a la forme d'une demi-sphère, azurée le jour, noire et parsemée de points brillants la nuit.

La science admet des corps solides, tangibles, réels, objectifs et permanents. Elle manie ces corps, elle les observe de toutes parts ; elle les emmagasine et est parfaitement certaine de les retrouver identiques le lendemain, dans le lieu où elle les a enfermés la veille. Le ballon de M. Pasteur contenant une matière organique non décomposée depuis quinze ans, faute de germes, est certainement considéré par les savants comme contenant une substance permanente et non un simple phénomène visuel, qui se renouvellerait chaque fois qu'on l'expose aux observateurs.

Le professeur de sciences ne doute pas pratiquement, quelle que soit son opinion personnelle en métaphysique, que tous ses élèves ne voient et ne touchent le même et identique corps qu'il met sous leurs yeux et qu'il leur présente ; il ne croit pas qu'alors il se produit simplement des sensations subjectives semblables chez chacun d'eux.

Si maintenant à la notion élémentaire des corps nous substituons leur notion plus profonde et plus complète, nous arrivons à des résultats qui au premier abord semblent différents, mais qui conduisent à la même conclusion.

Selon cette notion, en effet, les corps solides sont des assemblages d'un nombre immense de molécules. Que ce soient des atomes ou de simples centres de forces ; qu'elles se maintiennent à des distances iixes les unes des autres ou bien qu'elles vibrent

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