‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 234 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE V

rapidement de part et d'autre de certaines positions moyennes, peu importe. Toujours est-il que chaque corps perceptible est un assemblage d'un nombre incalculable de ces molécules.

Si maintenant on considère ces molécules individuellement, abstraction faite de leur groupement, de leurs relations et de leurs mouvements, la substance intime des corps ainsi considérée ne sera ni étendue, ni figurée, ni tangible, et on pourra croire que les propriétés que les sens nous ont révélées sont simplement apparentes. C'est ce qui a causé sur ce point l'illusion de certains savants.

Mais il est facile de rectifier cette illusion. Il suffit pour cela de se rappeler que ce n'est que par une abstraction que nous pouvons considérer les molécules indépendamment do leur groupement et de leurs vibrations : actuellement, et en tant qu'elles tombent sous notre expérience, elles sont groupées, mobiles et vibrantes. Elles constituent un objet unique individuel, permanent, transportable d'un lieu à un autre. Elles constituent une chose, une substance d'après notre définition. C'est sans doute une substance complexe et collective qui se résout en éléments substantiels, mais ce n'en est pas moins une substance.

L'étendue, l'impénétrabilité, la tangibilité, sont des propriétés de l'ensemble, du groupe vibrant des molécules. Lors même que les molécules individuelles seraient dépourvues de ces propriétés, leur groupe peut les posséder, de même qu'une orange possède la forme sphérique, forme qui n'appartient pas aux quartiers qui la composent, quand on les considère séparément.

Avec cette explication, on voit que la notion plus profonde de la science ne fait que compléter, mais ne détruit pas la notion élémentaire, laquelle était, comme nous l'avons vu, absolument conforme à celle du bon sens et de la raison.

Ainsi, l'accord est complet entre le bon sens, l'analyse logique et la science expérimentale. Il est complet sur cette question comme sur la précédente ; nous avons vu que la prétendue opposition entre le bon sens et la science, à l'égard des couleurs, est imaginaire. Ici, comme ailleurs, les divers moyens de recherche de la vérité s'accordent entre eux ; seulement il faut se servir de

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ces moyens sincèrement, de bonne foi, patiemment, avec méthode, en marohant du connu vers Tinconnu.

Qui donc nie la réalité de Tespace et des corps tangibles ? Ce n'est point le bon sens, ce n'est pas une philosophie sérieuse et prudente, ce n'est pas la science expérimentale.

C'est uniquement une métaphysique abstraite et hypothétique, qui ne vit que d'abstractions creuses et de conceptions arbitraires, au milieu desquelles elle se meut d'autant plus librement qu'elle s'est interdit, en supprimant l'espace objectif, tout recours à la véritable expérience.

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