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LIVRE IV. — CHAPITRE Vï

aura ce caractère de réalité objective, tout ce qui appartiendra au corps lui-même et pourra subsister après la cessation de Tacte de percevoir.

Nous considérerons comme signe, et nous désignerons sous le nom d'éléments sensibles de la perception, tout ce qui sera subjectif, tout ce qui nous appartiendra, tout ce qui n'existera que pendant le temps même de la perception.

Nous ferons abstraction de la lumière ambiante, en supposant qu'elle soit constamment la même pendant le temps de Texpérience.

Notre premier travail sera donc de distinguer les éléments de la notion concrète du corps et les éléments sensibles de la perception, c'est-à-dire de tracer une délimitation exacte entre Tobjet connu etlesaiïcctions du sujet connaissant.

Puis, nous comparerons ces éléments entre eux. Enfin, nous examinerons comment les éléments de la notion se dégagent des éléments sensibles.

Les éléments de la notion nous sont déjà connus.

Ce sont :

1* L'existence actuelle du corps à titre de substance objective qui nous est étrangère ;

2* Sa forme en relief à trois dimensions ;

3* Son impénétrabilité ;

4* Ses mouvements ; -^

5* Sa visibilité sous Tinfluence de la lumière, propriété complexe dans laquelle sont comprises les teintes ou couleurs réelles de la surface, le pouvoir réflecteur et le pouvoir' réfringent, etc.

Les éléments sensibles ne sont pas moins faciles à énumérer.

Les premiers et les plus frappants sont les deux fantômes colorés produits devant les deux rétines sous l'influence des rayons lumineux.

Ces deux fantômes se fondent en un seul en apparence ; ils existent néanmoins tous deux, ce qui peut se prouver de diverses manières; d*abord simplement en fermant alternativement

kf» LE POSITIVISME ET LA SCIENCE EXPÉRIMENTALE.

chacun des deux yeux, ce qui prouve que chacun perçoit le corps ; puis, en séparant les deux fantômes par un déplacement des axes oculaires, de manière à voir double '.

Ces fantômes considérés en eux-mêmes sont de simples surfaces colorées, suspendues devant Tœil. Ce n'est, comme nous Tavons dit, que par une induction postérieure qu'ils ont acquis la propriété de se projeter au dehors en relief. La sensation complexe du relief n'est pas un fait primilif, c'est un résultat ultérieur de la connaissance des corps. C'est un effet de l'habitude, en vertu duquel nous acquérons la connaissance de la forme rapidement, et sans avoir actuellement recours au tact.

Après les deux fantômes colorés, nous pouvons mentionner parmi les éléments sensibles de la perception visuelle, les sensations qui avertissent des déplacements de l'œil dans différentes directions, la sensation d'accommodation, le sentiment de la convergence des deux yeux.

Relativement à la perception du tact, l'élément sensible le plus frappant, est la sensation cutanée qui se produit au point même où l'objet est palpé. Cette sensation est en général composée ou accompagnée d'une sensation de température, le corps paraissant chaud ou froid selon sa chaleur et sa conductibilité, et d'une sensation de pression plus ou moins forte.

Nous disons composée ou accompagnée, parce que nous ne voulons pas trancher la question de savoir s'il existe une sensation de simple contact, distincte de celle de température et de pression, ou si ces deux éléments, ou l'un au moins, sont nécessaires pour que le contact soit senti. Ce ^e nous pouvons dire néanmoins avec assurance, c'est qu'il est très possible que la température et la pression soient constantes dans l'opératioïf^le la perception, et qu'il en résiMe une sensation cutanée unique, qui n'est employée qu'à connaître la forme du corps, de même qu'un dessin qui serait fait avec un crayon partout semblable ne servirait qu'à représenter les formes.

* On donne quelquefois le nom d'image visuelle à ce fantôme coloré produit devant chaque rétine et qui sert à la vision, nous croyons qu'il est plus exact de réserver le terme d'image pour la reproduction..6oit d'un objet extérieur, soit d*une sensation.

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