LIVRE IV. — CHAPITRE VI
Cette sensation cutanée présente néanmoins des variations particulières, elle est autre sur les arêtes et sur les pointes, que sur les parties simplement convexes ou concaves. Quand le corps et la main se meuvent relativement, il y a des sensations spéciales de glissement ou de roulement. ^
Outre la sensation cutanée, il est un autre élément qui joue un rôle tout aussi important dans la perception du tact, ce aont les sensations musculaires qui nous attestent les mouvements et les situations respectives des diverses parties de notre organisme. Chaque déplacement de nos doigts ou de notre bras est attesté par une sensation particulière.
Une troisième espèce do sensation, analogue à la seconde, se manifeste principalement quand le tact ne se fait pas directement, mais au moyen d'un instrument, quand nous touchons avec une pointe ou avec un bâton. Mlfn^ la sensation cutanée ne peut se manifester à cause de Tobjet interposé, mais la rencontre de l'extrémité de rinstruimvxt avec le corps touché est attestée par une sensation particulière, la sensation d'arrêt du mouvement^ opposée à celle du mouvement libre. Ce sont encore des sensations musculaires.
Nous pouvons résumer dans le Uibleau suivant les éléments sensibles de la perception concrète.
1* Fantômes colorés produits par les rétines.
2* Sensations oculaires diverses.
3*" Sensation cutanée.
4* Sensations musculaires diverses.
COMPARAISON DES ÉLÉMENTS bE LA NOTION ET DES ÉLÉMENTS SENSIBLES.
Si nous comparons maintenant ces deux séries correspondantes d* éléments, nous reconnaîtrons, en premier lieu , que les uns nous
apparaissent réellement comme objectifs, les autres comme subjectifs et que nous avons exactement posé la limite entre le moi et le non-moi.
Tous les éléments de la première série, il est facile dg s'en assurer, subsistent quand la perception n'a pas actuellement lieu ; ils sont attachés au corps. Tous les éléments sensibles, fantômes, sensations ^ulaires, cutanées, musculaires, disparaissent au contraire dès que nous cessons de voir ou de toucher.
En second lieu, nous remarquerons la complète diversité de nature entre les éléments des deux séries.
Nous ne parlons pas de la diversité profonde qui existe entre la notion d'un objet substantiel extérieur, et des notions de sensations ou d'apparences subjectives. L'évidence de cette distinction est complète.
Mais, en entrant dans le détail, jk^us reconnaîtrons qu'aucun des éléments de la notion, n'est semblable quant à sa nature ou même à sa forme et son apparence aux él^||ents sensibles.
Commençons par la forme en relief. Elle est évidemment tout à fait distincte des deux fantômes oculaires dans lesquels le relief n'est pas contenu.
Il est facile de s'assurer expérimentalement de cette différence.
Il suffit de regarder un objet, et do se poser successivement les deux questions : Quelle est la forme vraie de cet objet ? Sous quelle forme m'apparaît-il ?
Les réponses seront différentes. Un verre est, nous le savons, cylindrique; son bord a la forme d'un cercle parfait. Le même bord nous apparaît sous une forme elliptique. Un cube vu obliquement a, nous le savons, toutes ses faces carrées ; il nous apparaît sous l'aspect de trois losanges juxtaposés. La perspective linéaire est l'ensemble des règles qui permettent de passer de la forme réelle des corps à trois dimensions, à leur forme apparente.
De plus, les fantômes oculaires qui en eux-mêmes ne contiennent aucun renseignement sur la distance de l'objet, n'en contiennent aucun sur sa grandeur. Nouvelle différence non moins frappante : le soleil m'apparaît grand comme le fond d'un chapeau.
La forme en relief est aussi tout à fait distincte des sensations