LIVRE IV. - CIIAPITUE VI
oculaires. Quel rapport peut-il y avoir, en soi, entre une sensation obscure dans les muscles de Tœil, et une forme ronde ou carrée en dehors de nous. Les sensations oculaires deviennent les signes de la forme en.relief , mais comme les mots français sont les signes des mots hébreux, le signe s'unit par association d'idées avec la chose signifiée ; mais, par lui-même, il n'a aucun rapport avec elle, ni de nature, ni de lieu, ni de forme.
Ce ne sera pas non plus dans les sensations cutanées du tact que nous découvrirons l'équivalent de la forme en relief. Ces sensations obscures qui consistent dans le sentiment de la distinction entre notre corps et le corps touché, et de leur contiguité ne nous disent rien sur la forme, à moins qu'il ne s'agisse d'objets très petits, et des angles saillants d'un corps ; et encore, dans ce cas même, ce n'est pas l'impression actuelle faite sur l'organe, ce sont les petits mouvements qui servent à palper les alentours du point considéré, et qui sont attestés par des sensations musculaires locales, qui sont le signe de la forme. Quand nous tâtons une pointe saillante, une arête, un endroit remarquable d'un corps, nous promenons par de petits mouvements notre doigt autour du point considéré, nous en explorons les alentours, et ce sont nos mouvements, et leur arrêt quand nous rencontrons la résistance du corps, qui nous attestent sa forme.
La sensation cutanée n'a pour fonction que de guider les doigts dans l'opération du toucher, de les obliger à suivre les contours de l'objet sans s'en écarter.
Restent les sensations musculaires. Ici, nous devons convenir que nous avons un signe de la forme, un signe plus complet que les fantômes oculaires qui ne donnent qu'une forme apparente sans relief ni grandeur déterminée, un signe plus aisément intelligible que les sensations oculaires, lesquelles évidemment ne sont interprétées qu'après coup, après que les formes ont été connues par le tact.
Mais en disant que les sensations musculaires sont le signe de la forme en relief des corps, de leur grandeur, de leur distance et do leur relation, nous devons nous hâter d'ajouter qu'il existe un abîme entre la nature du signe et celle de la chose signifiée.
Sans doute quand nous tâtons un corps rond, cubique, pyra-
ui LE posrmisME rr la sciexgk hpékimexialk.
midalf ce sont les seosalioiis diverses qui se dé^dt^penl éaas nos doigts qui nous avertisseDi de sa forme. C*est le senliiDeiil que nous avons de sa ûtnadon re^ective simiiltanée de nos doigts, on de la direction de leur moavemeni qui noos avertit de la forme touchée. Sans cela comment la reconnaitrions-nons, à moins d'avoir recours au jugement aveugle de Bâd. à one révélation qiéciale de la nature relative à la forme de diaque corps en particulier?
Sans doute aussi quand il s*agit d*estimer exactement^ sans le secours de la vue, la distance d'un corps qui est à portée de nos mains, c'est la sensation musculaire mesurant Textension de notre bras qui est le signe de cette distance, et s*Q s^agit d'un corps plus éloigné, ce seront les sensations musculaires, signes de nos pas successifs, qui nous serviront de mesure.
Mais s'ensuit-il pour cela que Télendue, que la forme en relief, soit la sensation musculaire elle-même?
Evidemment ce serait une absurdité flagrante de le soutenir. Comparons en effet la notion d'un objet tangible, d'une table carrée avec les diverses sensations musculaires qui ont ser>î à manifester cette forme. Qui ne voit la différence ?
L'objet tangible est extérieur à nous et inpénétrable. Les sensations musculaires sont en nous.
La notion de la table est claire, précise, géométrique; les sensations musculaires sont vagues et obscures, et très difficilement observables.
La table est terminée par des lignes droites qui sont géométriquement uniformes. Rien de plus varié au contraire que les sensations musculaires qui servent à tracer ces lignes ; limitées toutes par la grandeur des organes , elles ne peuvent former un mouvement rectiligne que par une combinaison multiple de rotations.
L'étendue de la table est une grandeur géométrique calculable avec précision. Qui oserait soumettre des sensations musculaires aux lois de la géométrie ?
La table est un objet fixe permanent, passif. La plupart des sensations musculaires ne se développent que sous la condition de la succession. Elles se manifestent dans le mouvement et