‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 24 sur 320 · LIVRE PRÉLIMINAIRE. - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PRÉLIMINAIRE. - CHAPITRE IV

et quelle est la limite de sa science ? Or, à cette question, la seule réponse simple est celle que nous donnons. Cherchons, en partant des premières choses évidentes, et employons toutes nos facultés à connaître le plus grand nombre de choses possibles. Là où nous ne pourrons parvenir à la certitude dont l'évidence est le signe, arrêtons-nous ; là sera la limite de la science humaine.

Dites-vous maintenant que l'impuissance de l'homme à connaître est absolue? qu'il ne peut rien savoir avec certitude, ni sa propre existence, ni l'existence même de la vérité, ni le principe même de contradiction ?

Alors je n'essaierai pas de discuter avec vous. Comment discuter sans aucun principe commun? Quelle possibilité et quel besoin y a-t-il d'argumenter contre quelqu'un qui admet que le vrai et le faux peuvent être identiques ? Que répondre à quelqu'un qui vous déclare d'avance implicitement : je ne crois pas un mot de ce que vous me dites, et je vous permets de ne pas croire un mot de ce que je dis?

Ce que je ferai alors, ce sera de changer de terrain. Je demanderai au sceptique universel s'il se trouve heureux dans cet état, si ce doute universel est une situation douce et agréable pour son intelligence.

S'il me répond que cet état est douloureux et pénible, j'essaierai de lui indiquer des moyens d'en sortir ; je lui proposerai, si j'en possède, des moyens de thérapeutique intellectuelle, pour faire revivre en lui la faculté atrophiée de percevoir la certitude.

S'il me dit que son état lui plaît et lui convient, je lui dirai : Restez dans votre doute; seulement, faites-moi le plaisir de ne pas venir me déranger, quand je ferai, de la philosophie ou de la science, quand je chercherai quelque vérité. Puisque vous ignorez toute vérité, et que vous êtes content de l'ignorer, vous n'avez que faire dans cette recherche, elle ne vous regarde pas.

Rien n'est plus stérile à notre avis que cette controverse avec le scepticisme universel. Les sceptiques ont raison de dire qu'on ne démontrera jamais la véracité de l'inteUigence humaine. Les philosophes dogmatiques ont également raison de dire qu'on ne saurait pratiquement contester cette véracité tout entière sans per-

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drc en même temps le droit de parler, d'affirmer quoi que ce soit, d'affirmer même son doute. Au point de vue du scepticisme, le dogmatisme est indémontrable; au point de vue du dogmatisme, le scepticisme est absurde et contradictoire ; il n'y a pas de juge pour les départager. Mieux vaut clore toute discussion. Que celui qui croit à la vérité la cherche, sans s'inquiéter du sceptique ; que celui-ci reste, s'il le peut, dans son néant et sous le vide absolu de sa machine pneumatique, jusqu'au jour où il sera forcément obligé d'en sortir. Arrivés à ce point, les raisons, les phrases et les mots ne servent de rien, les faits seuls ont la parole.

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