‹ Le positivisme et la science expérimentaleChapitre 248 sur 320 · LIVRE IV. — CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE VU

Passer d'une série de sensations subjectives à une série de notions objectives, c'est interpréter ces sensations.

Nous dirons donc simplement que la perception des corps est finterprétatiou des signes qui servent à nous les manifester, c'està-dire des deux fantômes visuels et des sensations oculaires, cutanées et musculaires.

En nous exprimant ainsi, nous ne nous avançons pas imprudemment, nous ne préjugeons rien, nous ne faisons qu'exposer les faits.

Nous ne disons pas, comme Reid, que le passage du subjectif à Tobjectif est absolument inexplicable. Nous sommes porté à admettre que cette interprétation peut être analysée. Nous avons déjà exécuté cette analyse relativement à l'interprétation des signes \isuels, et nous avons attribué Tinterprélation des sensatioDs oculaires à une induction inconsciente et à une forme d'association d'idées. Nous n'avons nulle objection à poursuivre ce travail d'analyse ; nous essayerons plus loin d'en indiquer les résultats.

Mais, en revanche, nous n'affirmons pas d'avance comme certains auteurs , parmi lesquels nous avons le regret de compter l'auteur de ï Optique physiologique, que l'interprétation se fait toute entière par association d'idées. Nous nous réservons, si cela est nécessaire , et autant que cela sera nécessaire , d'admettre d'autres procédés plus spontanés et plus simples pour expliquer le passage du dedans au dehors.

Nous disons simplement qu'il se fait une interprélAlion ; nous nous réservons de chercher plus tard par quel moyen elle se produit.

Nous pouvons cependant compléter par diverses explications qui ne seront encore que l'exacte reproduction des faits, cette idée générale que U perception des corps est une interprétation de certains signes.

En premier lieu, nous dirons que cette interprétation est faite par la nature elle-même.

(3e n'est [Kiirit mift opération réflexe et consciente , dépendant de notre choix, c'est un phénomène du même ordre que la respiration ou la digestion.

En second lieu, cette opération est inconsciente , nous voyons

et nous touchons, sans savoir en détail comment nous voyons et nous touchons.

En troisième lieu, un caractère très évident de cette interprétation, c'est qu'elle est concordante. Les diverses notions iê forme et de mouvement sont représentées chacune par diverses sensations visuelles et tactiles, et l'interprétation commune de ces diverses sensations forme une notion unique et cohérente. Cette concordance est, comme nous le verrons, un des caractères de la vérité de sa perception et le moyen d'éliminer la plupart des erreurs, lesquelles se manifestent précisément par des discordances.

En quatrième lieu , nous admettons, conformément à la doctrine du bon sens, que cette interprétation est naturellement véridique, que les erreurs et les illusions ne sont que des accidents.

Nous attribuerons donc à l'interprétation des signes sensibles ^les quatre épithètes de naturelle, inconsciente, concordante cl véridique.

Considérant ensuite les signes qui doivent être interprétés, nous remarquerons que ces signes ne sont pas arbitraires , mais naturels, et spécialement destinés à la perception de la vue et du tact.

Enfin nous remarquerons que cette interprétation est faite par l'intelligence elle-même, qu'elle est un acte, un progrès spontané, une marche du signe vers la chose signifiée, et non la réception passive d'une image ou d'une sensation.

Réunissant toutes ces notions, nous définirons ainsi qu'il suit la perception des corps :

La perception des corps est une interprétation naturelle^ inconsciente^ concordante et véridique de certahis signes naturels setisiblés, faite par l'activité du moi humain.

Nous pouvons en faveur de cette définition, qui n'est du reste que l'exacte peinture des faits, invoquer le témoignage d'Helmhoitz. Nous le faisons avec d'autant plus de confiance que cet auteur soutient des opinions fort différentes des nôtres sur plusieurs points. Au sujet de la réalité do Tétendue, il est équivoque, et ne conclut qu'à une vérité pratique, formule presque

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